Notes du séminaire organisé par le pôle Sud-Ouest de l’ISCC le 18 janvier 2010 à la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine (MSHA), Pessac.

 

Discours des neurosciences et vie sociale (2)

 
18 janvier 2010, MSHA, Pessac

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Interventions

François Gonon

Directeur de recherche au CNRS, laboratoire Mouvement adaptation cognition (MAC, UMR 5227), Bordeaux : « La dérive du discours des neurosciences et ses conséquences sociales à travers l’exemple de l’hyperactivité TDAH ».

En étudiant le thème de l’hyperactivité TDAH, l’idée est d’apprécier quelle est la distance entre ce que dit un chercheur et ce qu’en disent les médias. Quatre types de dérives sont constatés :

  • On remarque souvent une différence entre le titre/résumé et contenu du texte qui se traduit dans les médias par une mise en valeur du titre seulement ;
  • Omission de données pertinentes qui consiste à ne pas donner les chiffres des tests.
  • Abondance plutôt que dérive. Par exemple, rats et souris sont des modèles animaux sur lesquels les tests sont radicalement différents. Cela n’empêche pas des publications comparatives entre des tests issus de ces deux modèles.
  • Extrapolations thérapeutiques abusives. On part de faits modestes puis extrapolation exagérée

Conséquences sur la politique de santé alors que les médicaments psycho-stimulants n’apportent pas de solution sur les symptômes associés (toxicomanie, délinquance, échec scolaire).

Conclusion
La dérive a d’autant plus de conséquences que les neurosciences sont de plus en plus médiatisées.

Question ouverte
Comment informer le public des limites des neurosciences et des dérives de son discours sans que cette information ne soit perçue comme une mise en cause de la compétence clinique des psychiatres et de la recherche en neuroscience ?

Brigitte Chamak

Ingénieur de recherche à l’INSERM, Centre de recherche psychotropes, santé mentale, société (CESAMES), Paris : « Comment les associations de personnes autistes se réapproprient le discours des neurosciences : élaboration du concept de neurodiversité ».

En partant de l’évolution du sens donné au terme d’autisme (passé de malade rare et sévère à une définition beaucoup plus large), il est montré comment les faits scientifiques, par leur médiation et leur réappropriation sont dénaturés… quelquefois par les scientifiques eux-mêmes par raisonnement sur une classe trop large et enfin par les médias et publics.

La seconde partie de la présentation évoque la dynamique de l’historique de mobilisation des associations qui montrent les différentes constructions sociales de l’autisme :

  • médicale et scientifique
  • association de parent
  • association de personnes autistes : un autre style de pensée et de vie. Ce n’est plus une maladie.

Les points forts du débat

Dans cette persistance à diffuser des résultats sensationnels, quelle est la part de la pression économique ? Ces conclusions sont-t-elles généralisables à l’ensemble du monde scientifique ?

On distingue différents niveaux de problèmes : épistémologique (transposition de résultats inter-sciences), sociologique (évaluation de la recherche) et celui de la vulgarisation (passage du discours scientifique à celui du discours social).

Résultats simples et conclusions rapides sont attendus dans la société. Il faut « raccourcir » et une ambigüité est générée y compris dans les revues spécialisées. Dans les revues on privilégie le sensationnalisme et l’impact social. L’effort de vulgarisation n’est pas bien fait ou à tort. Est-ce que l’immédiateté de l’information par le web journalisme n’est pas en cause ? Doit-on inventer un nouveau « Science » ou « Nature » sur le modèle Wikipédia ?