Conférence « De la dépolitisation des enjeux climatiques à la nécessité d’un consensus scientifique apparent »

 
22 janvier 2009, avec J.-B. Comby

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Présentation

Jean-Baptiste Comby

Pour satisfaire aux impératifs de la reconnaissance publique des enjeux climatiques (elle-même étant une ressource forte dans leur carrière politique), les agents qui prennent part à la construction publique de ce problème tendent à l’individualiser. Par exemple, ils sont généralement conduits à situer la responsabilité du surplus d’émissions de gaz à effet de serre plus souvent dans la sphère des comportements privés que dans celle publique des décisions collectives. Les entrepreneurs du problème climatique produisent également des visions (statistiques notamment) de ces questions qui gomment les différences sociales tant dans la responsabilité que dans l’exposition au problème. Enfin, une autre condition de la médiatisation accrue des enjeux climatiques à partir de 2003 est la marginalisation des controverses scientifiques au profit d’un consensus sciemment affiché.

Médias et controverses, 22 janvier 2009
Affiche à télécharger (format A4)

Nous nous attarderons sur ce dernier point pour proposer une analyse des conditions et logiques sociales de cette disqualification collective des porteurs de doutes et de nuances dans la plupart des espaces publics de grande audience. Précisons que sur chacun de ces points, nous expliquerons comment les « profanes » s’approprient ces définitions consacrées des enjeux climatiques. Celles-ci circulent bien différemment selon les contextes sociaux, si bien que la civilisation écologique des mœurs véhiculée par l’important travail symbolique autour du problème climatique continue d’obéir aux ruses des mondes sociaux qu’elle rencontre effectivement.

Mercredi 22 janvier 2009 de 14h30 à 16h30

Intervenant

Jean-Baptiste Comby, docteur en sciences sociales
Chercheur rattaché au Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaires sur les médias (CARISM) - EA 2293, Institut français de presse (IFP), Université Panthéon-Assas - Paris II
Chercheur associé au Laboratoire des sciences sociales du politique (LaSSP) - EA 4715, Institut d’études politiques de Toulouse (IEP), Université Toulouse I Capitole

Synthèse

Jean-Baptiste Comby a abordé le thème du réchauffement climatique et de son traitement dans les journaux télévisés. Tirant son analyse de sa recherche doctorale [1], il a défendu l’idée que la construction et la reconnaissance publique des enjeux climatiques supposaient de la part des acteurs en charge de la décision (responsables politiques) et de l’information des publics (journalistes) un « gommage » important de la complexité du débat scientifique et de ces points de controverses.

Ainsi, afin de pouvoir toucher directement les publics amenés à prendre conscience de ce problème, le débat autour du réchauffement climatique se trouve-t-il dans les médias réduit à une dimension individualisée, traduit pour être compris dans le cadre de la sphère privée et interrogé au regard des comportements du consommateur, tandis que les éléments explicatifs relevant des causes et des responsabilités plus large du phénomène se voient effacés par un discours statistique. À partir de 2003, après les travaux du GIEC, la controverse scientifique (qui demeure pourtant sur les questions non de la réalité du réchauffement mais du caractère anthropique de ce dernier) s’est trouvée marginalisée au profit d’un consensus sciemment affiché.

Jean-Baptiste Comby s’est proposé d’analyser les conditions et les logiques sociales de cette « disqualification collective des porteurs de doutes et de nuances dans la plupart des espaces publics de grande audience ».


[1Jean-Baptiste Comby, Créer un climat favorable. Les enjeux liés aux changements climatiques : valorisation publique, médiatisation et appropriation au quotidien, thèse en sciences de l’information et de la communication, Paris II, 2008