Crédits photos : Manfred Mohr working at Météorologie nationale, Paris 1970.

Avec Cécile Welker, postdoctorante, LabEx Écrire une histoire nouvelle de l’Europe (EHNE) et Benjamin Thierry, Université Paris-Sorbonne, ISCC (discutant).

Lundi 6 novembre 2017, 17h à 19h

Institut des sciences de la communication
20 rue Berbier-du-Mets, Paris 13e
Métro 7 « Les Gobelins »

 
Séminaire de l’ISCC

Computer Graphics : une esthétique programmée

 
6 novembre 2017, 17h à 19h, ISCC

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Résumé

Le titre de cet exposé, Une esthétique programmée, est emprunté à l’artiste allemand Manfred Mohr, invité par l’ARC (section Animation, recherche, confrontation) du Musée d’art moderne de la ville de Paris en 1971.
Formé à la Kunst und Werkschulede de Pforzdheim, il fut marqué par le philosophe allemand Max Bense, dont la « nouvelle esthétique » encourageait l’application de théorèmes mathématiques pour créer :

Il existe non seulement un art moderne mais aussi une esthétique moderne ; en la nommant « moderne », nous voulons signifier qu’il ne s’agit pas tant d’une esthétique uniquement philosophique que d’une discipline scientifique, que cette discipline se veut un domaine de recherche ouverte et accessible par la méthode, donnant la préférence à la méthode rationnelle et empirique de l’analyse plutôt qu’aux interprétations spéculatives et métaphysiques. Dans la mesure où cette esthétique moderne comprend tout un réseau de recherches fondamentales prenant appui sur les concepts, les modèles et les résultats de la science mathématique, de la physique, des sciences de la communication et de l’information, on comprendra pourquoi on peut parler à juste titre d’une esthétique exacte voire technologique, laquelle constitue réellement un « novum » si l’on se réfère à l’histoire de l’esthétique et des théories de l’art dont, jusqu’à aujourd’hui, ce sont surtout les philosophes qui se sont chargés.

Pour préparer son exposition, Mohr exécuta ses programmes en Fortran sur les machines du centre de calcul de la Météorologie nationale de Paris (un calculateur Control Data 64000, acquis en 1967 pour la prévision numérique du temps), et dessina sur le fameux traceur automatique de courbes Benson.

Alors que je préparais une thèse en esthétique sur les images de synthèse, beaucoup d’éléments me ramenaient à des préoccupations techniques : noms d’organismes, de machines, de langages aujourd’hui obsolètes et oubliés. Il a donc paru évident que la recherche devait aussi prendre en compte la dimension matérielle des images, pour reprendre le concept très fécond de « techno-esthétique » formulé par le philosophe Gilbert Simondon.
En quoi faire l’histoire de l’informatique graphique à travers sa recherche fondamentale a pu nous aider à comprendre la production des images de synthèse ?
Nous présenterons la méthodologie mise en place dans la thèse pour démontrer la détermination technique des formes. Cette articulation entre technique et esthétique permet de mettre en évidence, d’un côté, tous les aspects scientifiques, industriels, économiques et politiques qui contribuent à la « fabrique des images de synthèse » dans la période 1968-1989, en les distinguant des analyses que l’on peut faire de ces mêmes images en termes de forme et de plasticité.

Intervenants

Cécile Welker est postdoctorante à l’Université Paris-Sorbonne (LabEx EHNE), qualifiée en section 18 (Arts et sciences de l’art). Ses recherches portent sur les tensions entre art et technique produites par l’introduction des technologies. Elle enseigne à l’École supérieure d’art et de design d’Amiens et vient de publier, avec Laurent Jullier, Les images de synthèse au cinéma, coll. « Focus Cinéma », Armand Colin, 2017.

Discutant : Benjamin Thierry, Université Paris-Sorbonne, ISCC.