Crédits photo : Stefano Lubiana, « Plantation de fèves entre les rangées de vignes », 2012, Granton Vineyard (Tasmanie), œuvre sous licence CC BY 2.0, disponible sur Wikipédia.

Cette journée est organisée par le séminaire Gouverner le Vivant et l’ANR IDAE (Institutionnalisation des agroécologies).

Comité scientifique : Jean Foyer (CNRS), Elise Demeulenaere (CNRS), Julien Blanc (MNHN), Valérie Boisvert (Université de Lausanne).

30 mars 2017, 9h15 à 17h30

Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)
Amphi Rouelle, Pavillon La Baleine
57 rue Cuvier, Paris 5e

Contact : Jean Foyer

 
Journée d’étude

Imaginaires, pratiques et politiques des agricultures « alternatives » (biodynamie, agriculture naturelle, permaculture...)

 
30 mars 2017, 9h15 à 17h30, MNHN

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Présentation

Cette journée se propose d’explorer les ressorts et fondements de l’altérité des formes d’agriculture qui se posent comme « alternatives ». Ces agricultures ont en commun de formuler une critique radicale de la modernisation techno-économique telle qu’elle s’est appliqué au monde agricole à partir des années 1950 (Besson et Bourg 2011). Face à l’agriculture conventionnelle aujourd’hui dominante, les promoteurs de ces agricultures alternatives pratiquent des formes de démarcation (Goulet, 2016 ), à différents niveaux : productifs, écologiques, politiques, économiques ou encore spirituels. Ces efforts de démarcation sont tangibles, à travers le vocabulaire utilisé, dans les discours portés dans les arènes où se jouent les questions agricoles (Demeulenaere et Castro, 2014). Sur le terrain, ces démarcations contribuent à créer des identités collectives (cf. Tania Li), des « projets » – entendus comme des « ensembles cohérents d’idées et de pratiques réalisés dans des espaces et des temps particuliers » (Tsing, 2000) – , mais aussi des « mondes » au sens où elles engagent des redéfinitions dans les manières d’agencer les relations entre les hommes et les autres existants (incluant nature et surnature). Notre parti est de décaler le regard généralement centré sur les formes de production et la construction des marchés (distribution), pour élargir à l’ensemble des déplacements qu’opèrent (ou proposent d’opérer) ces agricultures. L’intention est de caractériser l’altérité des agricultures qui se revendiquent « alternatives », en examinant les registres qu’elles explorent (le sensible, le religieux, etc.), et la façon dont ces démarcations se traduisent tant dans les discours que dans les pratiques. De l’agriculture biodynamique à la permaculture en passant par l’agriculture naturelle, l’agriculture paysanne et certaines formes d’agriculture biologiques, on essaiera donc de donner des pistes de réponse aux questions suivantes :

Sur quels imaginaires sont instituées les agricultures alternatives et comment les pratiques alternatives d’agriculture produisent en retour de l’imaginaire ? Comment ces projets d’agriculture sont-ils mis au service d’une contestation de l’agriculture conventionnelle ? Qu’est-ce que les agriculteurs en donnent à voir ? Comment leur altérité est-elle mobilisée politiquement (cf. Escobar, Blaser...) ?

Les présentations exploreront par exemple le type de politiques, en termes de mobilisation collectives mais aussi de politiques de la nature (Latour, 1999) qui sont produits par ces agricultures. Elles tenteront aussi de mettre en lumière les recompositions des mondes, et la façon dont elles sont mises en politique via des cosmopolitiques. La place de l’idéologie, mais aussi du religieux, du spirituel, du sensible ou de l’ésotérisme retiendra particulièrement notre attention. Au-delà de la description des cas et des analyses, on veut laisser place à des discussions réflexives sur les implications épistémologiques et méthodologiques à se saisir de ce type d’objets marginaux et limites qui questionnent les catégories mêmes avec lesquels les questions sociales, agricoles ou environnementales sont habituellement abordées. Les présentations mobiliseront notamment sociologie des religions, STS, anthropologie, sociologie économique de la valuation. Nous mettrons ces cas d’agricultures qui se revendiquent explicitement comme "alternatives" en contraste avec des perspectives historiques et anthropologiques sur l’agriculture paysanne et l’agriculture dite traditionnelle.

Programme

9h15 – Introduction

9h30 à 10h15 – Julien Blanc (MNHN), Construire le paradis sur terre : l’agriculture naturelle de Mokiti Okada et ses mises à l’épreuve brésiliennes

10h15 à 11h – Aurélie Choné (Université de Stasbourg), Agriculture biodynamique entre Nature et Sur-Nature : imaginaires, pratiques et politiques

11h à 11h30 – Pause

11h30 à 12h15 – Jean Foyer (CNRS/ISCC), Syncrétisme des savoirs dans la viticulture biodynamique

12h15 à 14h – Pause

14h à 14h45 – Mathieu Gervais (GSRL, LCSP Paris 7), Religion et écologisation de l’agriculture en France

14h45 à 15h30 – Gildas Renou (UMR 7363 SAGE / Université de Strasbourg / Programme ANR Symbios), Une éthique à l’école de la terre. L’agroécologie selon Pierre Rabhi

15h30 à 16h – Pause

16h à 16h45 – Sabrina Doyon (Université de Laval), Agricultures alternatives et conservation de la nature : regards croisés du Québec et de la Catalogne

16h45 à 17h30 – Olivia Angé (Université de Wageningen), Cosmopolitique des pommes de terre dans un assemblage patrimonial. Le Parque de la Papa au Pérou.