Cette séance est assurée par Judith Nicogossian, docteur en anthropologie bioculturelle et philosophe.

Vendredi 20 janvier 2017, 10h à 12h

Institut des sciences de la communication
20 rue Berbier-du-Mets, Paris 13e
Métro 7 « Les Gobelins »

→ Inscription auprès de cristina.lindenmeyer@cnrs.fr

 
Séminaire Le corps augmenté et ses symptômes

La possibilité du corps hybride

 
20 janvier 2017, 10h à 12h, ISCC

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Judith Nicogossian, docteur en anthropologie bioculturelle et philosophe, travaille sur l’interaction entre corps et esprit dans la thématique du corps hybride. Elle est l’auteur de La norme du corps hybride. Une éthique de la reconstruction et de l’amélioration du corps humain en chirurgie (L’Harmattan, 2016).

Résumé

La définition du corps hybride est celle d’un corps qui fait face à une modification plastique (esthétique et/ou fonctionnelle) dans le but d’une reconstruction, d’une amélioration... ou d’une augmentation. À l’origine, la reconstruction du corps humain est la pratique thérapeutique qui consiste à réparer le corps humain quand celui-ci souffre d’une diminution. L’hybride soulève des controverses, car si la reconstruction et l’amélioration du corps de l’homme semble souhaitable, une aide fournie à un public handicapé pour communiquer, ce qui est progressivement rendu possible par le progrès, notamment des sciences médicales, son augmentation soulève des questions bioéthiques, au sujet des limites corporelles et de la définition même de l’humain.

L’humain subit une série de bouleversements avec techniques et technologies qui progressent et introduisent dans son corps, et de façons plus ou moins invasives, une série de microcomposants électroniques, d’électrodes, ou encore d’interface corps-machine ou cerveau-machine.

Les exemples sont nombreux :
- militaire, comme aux États-Unis avec le DARPA (Defence Advanced Project Agency), sur un projet tel que la « vision Terminator », des systèmes de connectivité reliant les militaires et leurs visions les unes aux autres [1] ;
- scientifique de la communauté médicale, comme à Lausanne où l’école de Polytechnique a obtenu un flag de projet européen à 1 milliard d’euros sur le Brain project (2014) [2] ;
- en santé, comme l’utilisation des RFID dans le contrôle et monitoring des patients. L’Ingestible Sensor Chips (ISC) sont notamment des puces que l’on implante dans l’estomac (FDA, 2012) ; les objets connectés ;
- de réhabilitation du corps et d’amélioration des performances, comme le patient paraplégique à l’aide de sa jambe artificielle commandée par une interface cerveau- machine – Miguel Nicolelis (coup d’envoi de la Coupe du monde de football, au Brésil 2014) ;
- esthétique, comme la designer de mode Sophie de Oliveira (The Alternative Limb Project), ayant dessiné la prothèse Cristallized pour Viktoria Modesta – qui a joué la Reine de glace à la cérémonie de fermeture des jeux paralympiques de Londres 2012 ;
- politique, comme l’explique l’anthropologue Beatriz Preciado, dans la manière d’utiliser les technosciences pour explorer la construction culturelle du genre.

Dans cette présentation nous questionnons :
- l’histoire de la reconstruction – comment donne-t-elle naissance au projet d’augmentation ;
- les techniques et concepts, les disjonctions et les constructions du corps hybride, son rôle en santé, et de façon encore plus vaste, en société (peut-il réellement améliorer l’humain ?).

L’hybride est biologique et culturel, bioculturel, il se trouve en position liminale entre humain et inhumain, être de nature et être (re)fabriqué de toutes pièces. Nous ramenant finalement à la question sur l’humain, l’examen de son corps, sa corporéité, sa façon d’organiser le vivant, d’imaginer, son désir, ses frustrations, ce qu’il ne comprend pas, son sacré (qui n’est pas forcément religieux). Cette question n’est pas seulement celle des technologies, ou celle d’un corps biosubjectif, mais des formes d’altérité de l’humain en interaction aux autres humains.


[1Le Soldier Centric Imaging via Computational Cameras effort, or SCENICC porte sur un ensemble de caméras digitales capturant des images en 3D sur plusieurs rayons kilométriques, sur une sphère de 360°, le tout monté sur une pièce binoculaire extrêmement légère (700 grammes), en kit main libre, avec une intégration d’un système d’armement et de tir ciblé.

[2Voir la vidéo officielle du projet en ligne : http://vimeo.com/humanbrainproject/overview.