Cette séance est assurée par Samuel Lepastier, chercheur associé à l’ISCC.

Vendredi 16 décembre 2016, 10h à 12h

Institut des sciences de la communication
20 rue Berbier-du-Mets, Paris 13e
Métro 7 « Les Gobelins »

→ Inscription auprès de cristina.lindenmeyer@wanadoo.fr

 
Séminaire Le corps augmenté et ses symptômes

La science-fiction, matrice de l’homme augmenté

 
16 décembre 2016, 10h à 12h, ISCC

Accueil > Évènements > Séminaires et ateliers réguliers > Le corps augmenté et ses symptômes > 2016/2017

 

Argument

Dans le prolongement de la révolution industrielle, la science-fiction s’est développée à la fin du xixe siècle comme un genre littéraire spécifique. Si la description d’utopies a existé dès l’Antiquité, l’introduction de la technique comme agent de l’intrigue ne saurait être antérieure au développement de machinisme. Après les textes fondateurs de Jules Verne, dont les Voyages extraordinaires étaient rendus possibles par l’anticipation des possibilités de la thermodynamique, la science-fiction est devenue dans le premier tiers du xxe siècle une littérature populaire dont l’influence n’a cessé de s’étendre au point d’inspirer des œuvres culturelles de référence. Aujourd’hui, alors que cette littérature rencontre moins d’écho, notre vie quotidienne est imprégnée de concepts développés par elle. La science-fiction a investi le cinéma, les séries télévisées et les scénarios de jeux vidéo. L’univers numérique lui a beaucoup emprunté tant dans son vocabulaire que dans nombre de projets de recherche dans le même temps qu’il a contribuer à renouveler le genre.

Il est donc légitime d’analyser les projets transhumanistes à l’aune des œuvres de science-fiction qui les ont inspirés pour appréhender les fondements inconscients à l’origine de leur élaboration. Si, d’un point de vue optimiste, ce que la science-fiction laissé apercevoir pourrait devenir la réalité de demain, cette perspective doit être soigneusement nuancée. S’il est vrai que la science-fiction est une forme contemporaine de mythologie, elle s’en éloigne pourtant car la substitution de l’être vivant par la machine constitue un évitement de la question de l’origine, l’outil industriel n’étant pas concerné par la reproduction sexuée. Échapper aux contraintes, limites et aux risques de dépassement de soi impliqués par la sexualité humaine dans toute sa complexité fascine ceux qui aspirent à la création d’un homme renouvelé.

Cependant, il est assez remarquable que dans leur majorité, les auteurs de science-fiction projettent dans l’avenir un monde du passé où la tyrannie règne en maître, ce qui est logique car en réalité ils mettent en scène les fantasmes les plus archaïques de l’être. Ainsi, cette structure narrative révèle les limites d’un mouvement qui s’apparente à bien des égards à une religion du xxie siècle née des inquiétudes apportées par la révolution numérique. Dès la naissance de l’écriture, autorisant une meilleure transmission des acquis d’une génération aux suivantes, l’homme a accédé à une forme relative d’immortalité. Les limites de sa condition n’en ont pas été modifiées pour autant. Sans notre incomplétude, le désir ne saurait avoir de sens. Avant toutes choses, la science-fiction dévoile que l’aspiration à l’augmentation de l’humain est mise en œuvre de fantasmes originaires et par la même, accordant une place centrale au corps comme au conflit des identifications, elle nous ramène sur le chemin de l’hystérie.