Argument du séminaire

 

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Un nouveau paradigme a envahi la scène sociale, celui de « l’humain augmenté », construit et analysé dans ce séminaire à travers la problématique du corps réparé ou/et augmenté.

Aujourd’hui plus que jamais, la médecine fait appel à la technologie, aux objets de synthèse et techniques prothétiques – externes et internes - dans de multiples champs, de la pratique sociale à la santé. Techniques opératoires comme les prothèses externes et internes, destinées à réparer ou remplacer un membre ou un organe défaillant, implants cérébraux, séquençage génétique, robotisation, nano-robotisation.

Cette technologisation va de pair avec une prétention de mutation anthropologique, que porte à l’expression le mouvement « trans-humaniste », dont il est important d’examiner les présupposés idéologiques. Ce mouvement idéologique annonce l’avènement d’une ère qui à terme prétend rectifier la réalité humaine. Au-delà de la dépendance technologisée qu’implique cet arsenal de nouvelles techniques et de l’idéologie qu’elles accréditent, il s’agit de s’interroger sur le statut du sujet dans cette réévaluation de son rapport au corps propre et aux finalités sociales.

On vérifie ici l’énoncé du créateur de la psychanalyse qui, dès 1930, constatait que « l’homme est pour ainsi dire devenu une sorte de dieu prothétique, vraiment grandiose quand il revêt tous ses organes adjuvants ». Et ce précisément dans un écrit consacré par Freud au « Malaise dans la culture », ce qui en indique les enjeux inconscients comme collectifs. Sauf à ajouter que ces organes de suppléance dont se pourvoit l’homme « ne font pas corps avec lui et lui donnent à l’occasion encore beaucoup de mal ». Ce qui se vérifie cliniquement, et de plus en plus avec les avancées technologiques, à travers l’apparition de symptômes non programmés dans le logiciel de transformation généralisée. Comme si le corps opposait une résistance à cette nouvelle condition de « dieu du semblant ».

Au-delà de tout « misonéisme » qui traiterait avec une méfiance systématique les innovations de la médecine scientifique et de la chirurgie de pointe, il convient de déployer le vaste paysage des transformations spectaculaires qu’implique cette « symbiose humain-technologie », pour en examiner les modalités et les conséquences socio-cliniques. Inventaire informatif et exploratoire destiné à prendre la mesure de l’événement, afin d’y situer la posture du sujet, depuis sa vie quotidienne jusqu’à l’avenir de l’espèce.

C’est à ce questionnement nécessairement transdisciplinaire que se consacrera le présent séminaire. La psychanalyse, comme clinique et théorie du sujet inconscient ainsi que de ses incidences sur le collectif, servira de « boussole » pour appréhender la dialectique concrète entre le corps pulsionnel et ses modes de subjectivation d’une part, le corps organique « augmenté » d’autre part. Cela ne pourra se faire qu’en confrontation active avec la diversité des disciplines prenant en compte chacune des dimensions impliquées dans cet objet complexe. Les spécialistes des différents discours seront autant que possible impliqués dans cette réflexion sur un phénomène clé de la condition contemporaine. L’écoute des discours et des pratiques permettra de se former un jugement sur ce travail complexe qui noue innovation et aliénation, scientificité et illusion. Cela implique les contributions des historiens, des sociologues, des anthropologues, des philosophes, autant que des médecins et des psychanalystes. Le but du séminaire est de faire émerger une problématisation centrée sur cet objet et ce contexte multidimensionnel.

C’est dire que ce séminaire de recherche, aux enjeux d’actualité, est ouvert à tous ceux qui, à des titres divers, se sentent impliqués et interrogés par cette mutation des discours et des pratiques du corps, pour contribuer par la réflexion à l’émergence de ce champ neuf de recherche.