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Revue Politiques de communication

no 3. S’engager sur Internet

Mobilisations et pratiques politiques

 
Presses universitaires de Grenoble, Automne 2014, 176 p.

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Présentation

Que penser de la « démocratie électronique » ? Favorise-t-elle la participation citoyenne ? Prolonge-t-elle quelques illusions tenaces inhérentes au jeu démocratique ? Génère-t-elle de nouvelles pratiques ? Renouvelle-t-elle radicalement les registres d’engagements militants ?

Pour répondre à ces questions, les articles explorent à la fois les espaces partisans en ligne et les formes d’engagements non-institutionnels, lancés par les citoyens.

L’introduction du numérique dans le jeu politique invite à porter un nouveau regard sur les transformations des institutions partisanes, l’évolution du militantisme, la participation de « nouveaux » publics, etc.

Résumés

Clément Mabi, Anaïs Theviot

Présentation du dossier S’engager sur Internet. Mobilisations et pratiques politiques, p. 5-24

Le développement des outils numériques et plus particulièrement d’Internet s’accompagne de nombreuses promesses en termes de renouvellement des pratiques de communication dans le domaine politique. Les dispositifs et les appellations se multiplient à une vitesse telle qu’un travail de définition, de mise à distance critique et de déconstruction des discours qui les accompagnent est devenu une tâche...

Fabienne Greffet, Stéphanie Wojcik, Gersende Blanchard

S’engager dans la campagne présidentielle. Les formes multiples de la participation politique en ligne, p. 25-58

La campagne présidentielle française de 2012 a été marquée par une variété d’actions proposées aux internautes par les équipes de campagne ou initiées par les internautes eux-mêmes pour s’engager en ligne et hors ligne en faveur de tel ou tel candidat. La profusion de ces pratiques interroge les techniques et notions nécessaires à leur appréhension, l’élasticité du concept de participation politique mais aussi les liens qu’elles entretiennent avec les pratiques traditionnelles de l’engagement et du militantisme (telles que par exemple, la propension à discuter de politique ou le fait de participer à un meeting). À partir d’une catégorisation permettant d’appréhender la diversité des actes participatifs réalisés durant la campagne, cet article propose d’explorer d’une part les variations observables dans les profils sociodémographiques selon le type d’activités réalisées en ligne, d’autre part les modalités d’articulation entre la participation en ligne et la participation hors ligne. Cette analyse est fondée sur les données recueillies par un questionnaire durant les trois semaines qui suivirent l’élection présidentielle auprès de 827 internautes français ayant utilisé Internet à des fins électorales pendant la campagne.

Mots-clés : participation politique, engagement campagne présidentielle, Internet, actes participatifs.

Marie Neihouser

Les blogs politiques, un support favorable à l’engagement citoyen ?, p. 59-84

La question du renouveau de l’engagement citoyen par les TIC partage la communauté scientifique entre, d’un côté, les cyber-optimistes et, de l’autre, les cyber-réalistes. Tenant compte de la multiplication des usagers du Net, et de l’hybridation des pratiques en ligne que cela entraîne, nous soutenons ici qu’il est désormais nécessaire de ne plus appréhender le Web dans sa généralité. C’est pourquoi nous proposons dans cet article une étude de cas des blogueurs politiques français. Après avoir montré pourquoi les blogs politiques ne constituent pas, selon nous, des supports favorables à l’expression politique des profanes, nous analysons la sociodémographie et les trajectoires militantes des blogueurs politiques.

Mots-clés : blogs politiques, sociologie des blogueurs, panélisation, démocratisation, auto-habilitation, compétence politique.

Sandrine Roginsky, Valérie Jeanne Perrier

La fabrique de la communication des parlementaires européens : « Tweet ton député » et les « ateliers du député 2.0 », p. 85-124

Le présent papier tente de comprendre comment les médias sociaux sont mobilisés par les députés européens pour actualiser les formes d’engagements en faveur de l’Europe. Il fait l’hypothèse que ces dispositifs ne bouleversent pas de manière fondamentale et déterminante les pratiques traditionnelles de communication politique et la relation entre le député européen et le citoyen. Les militants et les journalistes restent en effet les publics prioritaires sur ces dispositifs ; ce sont plutôt les normes dans la diffusion et la circulation des messages qui se trouvent modifiées, sans pour autant remettre en cause le système médiatique établi. Bien que les discours d’escorte visent à montrer que les médias sociaux peuvent être des outils innovants pour la démocratie, nous constatons plutôt une forme de permanence des modes de communication : les acteurs réincorporent des procédés qui précèdent l’arrivée des dispositifs.

Mots-clés : médias sociaux, communication politique, Parlement européen, député européen, citoyen.

Franck Babeau

La participation politique des citoyens « ordinaires » sur l’Internet. La plateforme Youtube comme lieu d’observation, p. 125-150

Le présent article analyse la politique sur l’Internet en étudiant un objet souvent délaissé, en l’occurrence Youtube, tout en se foclaisant sur les pratiques d’individus « ordinaires ». Ce positionnement permet de mettre en lumière de nouvelles modalités d’engagements, moins saillantes, qui pourtant structurent profondément l’espace public numérique. Les entretiens réalisés permettent d’aller au-delà de la simple observation ou cartographie du Web, en éclairant notamment le sens des pratiques et la centralité de Youtube qui fait figure de place publique en ligne. La plateforme d’hébergement de vidéo constitue un point de convergence au sein d’un espace numérique fragmenté. Les divers outils d’expression qu’elle propose (commentaires, « likes », liens hypertextes) élargissent la prise de parole, favorisant ainsi la formation de collectifs originaux, grâce aux algorithmes qui coagulent une participation atomisée.

Mots-clés : espace public numérique, Youtube, prise de parole, « like », place publique.

Anne Bellon

S’engager pour Internet. La mobilisation en ligne de la communauté informatique, p. 151-175

Depuis une dizaine d’années, on observe l’émergence de mouvements de contestation pour défendre les libertés sur et à propos d’Internet contre l’intervention croissante des gouvernements. Ces mouvements ont mobilisé des utilisateurs assidus du réseau qui voyaient leurs pratiques menacées par la régulation des usages en ligne. Internet devient donc l’enjeu et le support d’une mobilisation qui s’inscrit au croisement de différents univers militants. Parmi eux, notre article s’intéresse plus particulièrement aux hackers et informaticiens. En s’appuyant sur une ethnographie menée au sein d’une association de défense des libertés sur Internet, il mettra en évidence la normativité des dispositifs de participation et la professionnalisation de l’engagement à la faveur des expériences militantes. Il s’agit également de montrer que les logiques de mobilisations de ces militants s’appuient sur une vision particulière des pratiques démocratiques et du monde politique.

Mots-clés : libertés sur Internet, mobilisation en ligne, hackers, Quadrature du Net, répertoire d’action collective.