Crédits photo : Mines ParisTech, « Bâtiment Vendôme. Vue de l’École des Mines de Paris côté jardin », 2015, photographie sous licence CC BY-NC-SA 2.0, disponible sur Flickr.

Avec Julie Bouchard et Christine Barats.

Lundi 4 avril 2016, 17h à 19h

Institut des sciences de la communication
20 rue Berbier-du-Mets, Paris 13e
Métro 7 « Les Gobelins »

Inscription à leseminaire@iscc.cnrs.fr

 
Séminaire de l’ISCC

La palmérisation médiatique du monde académique

 
4 avril 2016, 17h à 19h, ISCC

Accueil > Évènements > Séminaires et ateliers réguliers > Séminaire de l’ISCC > 2015/2016

 

Résumé

La plupart des pays industrialisés côtoient, sinon avec plaisir, du moins avec habitude, intérêt volontaire ou contraint, scepticisme ou agacement, les classements académiques produits par des entreprises de presse. Si les classements académiques sont anciens, remontant à la fin du 19e siècle, leur production régulière par des organes de presse est elle beaucoup plus récente, trouvant les sources de son élan dans les années 1970-1980. Comment des entreprises de presse en France sont-elles parvenues à s’imposer en tant que producteurs de classements académiques ? Quels sont les logiques et processus de production des classements académiques médiatiques ? Quelles valeurs de l’espace académique façonnent-ils ? Une perspective média-centrée, micro et diachronique procédant à une analyse sociotechnique de la production des classements académiques médiatiques invite à nuancer l’idée d’un espace médiatique comme un « évaluant tout puissant et actif ».

Corollairement, il s’agit de discuter la représentation d’un espace académique comme un « simple évalué passif » en révélant les relations d’interdépendances (coopération, conflit, négociation, ajustement) entre les espaces médiatique, académique et étatique qui rendent possible cette co-production à la fois encouragée, tolérée et critiquée. Dispositif sémiotique façonnant et popularisant la représentation de l’espace académique comme un espace de compétition, le tableau de classement n’apparaît en outre que comme une des dimensions du marché de l’enseignement supérieur (ES) qui accompagne les classements médiatiques : le classement académique constitue une information jugée pour leurs producteurs à la fois rentable, spectaculaire et utile ; participent à ce marché informationnel non seulement les médias eux-mêmes qui se placent en intermédiaires actifs entre offreurs et demandeurs d’ES mais aussi des acteurs privés et publics sources ou annonceurs ; il s’appuie sur la figure de l’étudiant acteur de son orientation et consommateur d’information et d’éducation ; enfin, le classement académique définit et attribue des valeurs aux entités académiques.

Ces dimensions interagissent les unes avec les autres dans la production des classements. Ce phénomène est saisi par la notion de « configuration de valeurs » dans lesquelles viennent s’agencer des entités évaluées, des sources d’information, des méthodologies et des critères, des valeurs. Nous exposerons quelques configurations de valeurs : configuration de la valeur d’opinion ; configuration de la valeur d’État ; configuration de la valeur d’enquête…

- Intervenante : Julie Bouchard est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication (LabSIC, EA 1803, Université Paris 13), chercheuse associée à l’ISCC et responsable du pôle Dynamiques de l’enseignement supérieur et de la recherche. Organisations, communication et évaluation. Elle a notamment co-dirigé l’ouvrage La médiatisation de l’évaluation / Evaluation in the Media (Peter Lang AG Editions, 2015).

- Discutante : Christine Barats est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris Descartes, chercheuse au Céditec (Université Paris Est Val-de-Marne) et en délégation à l’ISCC depuis septembre 2014.