Cette séance accueille Georges Vigarello, pour une rencontre autour de son ouvrage Le Sentiment de soi. Histoire de la perception du corps (xvie-xxe siècle), Seuil, coll. « L’univers historique », 2014, 324 p.

Lundi 2 mars 2015, 17h à 19h

Institut des sciences de la communication
20 rue Berbier-du-Mets, Paris 13e
Métro 7 « Les Gobelins »

 
Séminaire de l’ISCC

Le sentiment de soi

Histoire de la perception du corps

 
2 mars 2015, 17h à 19h, ISCC

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Résumé

La culture contemporaine place « l’image de notre moi corporel » au cœur du « sentiment de soi ». Elle a tout simplement révisé la place du corps dans l’histoire de la personne. Mais pour toutes actuelles que soient de telles certitudes, elles ont à l’évidence une histoire. L’ambition d’un tel exposé est de la retracer. Cette perception « physique » intérieure ne saurait se faire d’emblée. Elle suppose de lentes transformations portant sur la manière même dont le sujet se perçoit. Elle s’est d’abord amorcée sur un silence, celui d’une sensibilité traditionnelle privilégiant les cinq sens et leur extériorité, la vue, l’odorat, le gout, l’ouïe, le toucher, transformés en simples messagers de l’âme. Le soi, dans ce cas, se perçoit comme le lieu d’une pensée détachée de toute relation au sensible, favorisant en revanche une relation avec l’infini, l’absolu, le pouvoir.

Un changement majeur a lieu au moment des Lumières : le sujet pensé davantage à partir de lui-même, s’interroge davantage aussi sur ce qui le limite et le circonscrit. Devenu plus libre, il est également orienté vers une source plus personnelle, plus charnelle, plus difficile à dire d’ailleurs parce que plus confuse, éloignée des phrases et des mots, alors même qu’elle permettra de mieux expliquer les actes, les tensions, les volontés. Cette histoire montre ainsi combien le sentiment de soi se fonde sur un déplacement majeur de la relation du sujet à lui-même. Changent alors progressivement aussi les intérêts savants investis sur le sensible, ou les aventures littéraires investies sur les témoignages intimes, comme changent nombre de pratiques physiques avides de vertiges et de sensations « internes », tous faisant place, d’une manière décisive, au sentiment du corps : non plus la chair d’ailleurs mais un corps quasi « psychologique » devenu prolongement de la conscience.


- Georges Vigarello est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, membre de l’Institut universitaire de France et ancien président du conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France. Il a notamment publié au Seuil Les Métamorphoses du gras (2010) et La Silhouette du xviiie siècle à nos jours (2012).

- Discutant : Jean-Michel Besnier est professeur de philosophie à l’université Paris-Sorbonne et directeur de l’ÉA Rationalités contemporaines.