Ces journées sont organisées par Patrick Bourgne et Didier Mulnet, dans le cadre du pôle Auvergne de l’ISCC.

 

Représenter le réel : les sciences et les images

 
27 mars et 10 avril 2014, Clermont-Ferrand

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Résumé

Représenter c’est, à minima, confronter un acteur avec une chose que celui-ci cherche à rendre présent à la vue et à l’esprit. Au sein de l’activité scientifique, cet acte est indispensable. Un fait scientifique n’a de réalité et de sens que dans la mesure ou il est intégré à une construction intellectuelle (Bartholy, Despin, Grandpierre, 1989). Il ne découle pas d’une simple et unique observation naïve du monde qui nous entoure.
Le réel, c’est-à-dire ce qui existe indépendamment de toute subjectivité et qui est conforme à l’essence de la chose, ne peut être « saisi » directement par le chercheur qui doit construire des intermédiaires, des représentations, entre le monde du sensible et celui des concepts. Il a donc besoin d’instruments d’observation capables d’inscrire ou de retranscrire les phénomènes sur des supports qui vont devenir les « porte-paroles du réel ».

Représenter, c’est aussi re-présenter c’est-à-dire trans-former : le propre de toute activité de communication, qui concerne aussi les sciences. Que ce soit sous forme de soliloque (interrogation de la validité de sa propre pensée), au moment des discussions entre pairs ou avec des acteurs dépendants des scientifiques, l’échange est partout présent.

Pour ces activités de représentation, c’est la vue qui est principalement sollicitée. Comment, en effet, envisager une activité scientifique aveugle ? Comment se passer d’inscriptions, de diagrammes, de cartes, de dessins, d’images de pensée (Caraës, Marchand-Zanartu, 2011) ?

Ce sont bien ces images, au sens de reflets de la réalité, qui permettent de rendre possible la découverte d’éléments qui dépassent quelquefois l’intention première du sujet qui les crée (Latour 2009). Dans l’un de ses textes, Bruno Latour (Latour, 2006) a fait de ces « inscriptions » l’un des éléments clés permettant d’expliquer la spécificité de l’activité scientifique.

Nous consacrons ces deux journées à ces représentations visuelles sous toutes leurs formes. Ces deux sessions prennent naturellement la suite des séances de travail organisées précédemment par l’ISCC sur les diagrammes et schémas.

Première journée – 27 mars 2014

Cette journée est consacrée à la fois au sens à donner à la thématique de ces deux journées, « représenter le réel », aux témoignages de chercheurs quant à la façon dont ils utilisent les images dans le cadre de leurs activités et à une synthèse rapide permettant aussi bien la construction d’une typologie de ces « vues de l’esprit », de leurs rôles et des questions spécifiques qu’elles posent.

Jean Christophe Gay (ESPE Auvergne) proposera une approche philosophique de la représentation et du réel. À la suite se succéderont 3 chercheurs qui parleront de leurs rapports respectifs aux images dans leur champ disciplinaire : Alex Esbelin (ESPE Auvergne/Irem) pour les mathématiques, Didier Mulnet (ESPE Auvergne) pour les sciences de l’environnement, Philippe Lachaume, (RGM) pour la biologie.

Pour clore cette journée, Patrick Bourgne proposera un rapide tour d’horizon autour des champs sémantiques associés aux termes image, schéma, figure, carte, diagramme, graphe. Il reviendra sur la façon dont ces supports peuvent être intégrés à l’activité scientifique en proposant une liste de questionnements, non exhaustifs liés aussi bien à l’intentionnalité dans la construction de l’image, qu’à la façon dont celle-ci simplifie, synthétise, révèle « l’invisible » et enchante celui qui la contemple.

Deuxième journée – 10 avril 2014

Cette journée se focalisera sur le traitement des questionnements liés à l’utilisation des images, abordés le 27 mars, par les champs artistiques et philosophiques.

Dans une première intervention, Denis Lelarge, (Laboratoire d’histoire des sciences et de philosophie, Université de Lorraine) présentera l’œuvre foisonnante du philosophe Otto Neurath, membre du Cercle de Vienne, qui a consacré une part importante de son existence à la création d’une langue figurative : l’International System Of TYpographic Picture Education, dans la continuation de l’encyclopédisme des Lumières (Lelarge 2009). Cette présentation sera l’occasion d’une discussion autour de la capacité des images fabriquées par les scientifiques à révéler l’invisible, que ce soit pour les pairs ou pour un public plus large dont le besoin « d’éclairage » va croissant avec le développement de controverses scientifiques.

Dans une deuxième intervention, le collectif d’artistes « Bureau d’études » viendra présenter sa démarche et son travail. Leur représentation « engagée » du réel poursuit l’objectif de montrer l’invisible en proposant des cartes capables de saisir la complexité du monde contemporain. À ce titre, leur ligne de conduite devrait générer des interactions riches avec les scientifiques qui doivent également composer avec le complexe.

Dans une dernière intervention, Pierre Johann Laffite, maitre de conférences en sciences du langage, présentera un exposé préparé avec Catherine Lefort, diplômée de l’École du Louvre, sur le langage pictural inventé par le « schématisme », mouvement artistique né en 1960 autour d’une réhabilitation de l’intention artistique et des constructions ad hoc destinées à communiquer à partir de celle-ci. Autour de cette intervention, c’est le dessein du chercheur et sa capacité à parler à travers les images qui sera mis en débat.

Bibliographie

Bartholy M.-C., Despin J.-P., Grandpierre G., La Science. Épistémologie générale, Magnard, 1989.

Caraës M.-H, Marchand-Zanartu N., Images de pensée, Éditions de la réunion des musées nationaux, 2011.

Cassirer E., La philosophie des formes symboliques, 1. Le langage, Les Éditions de Minuit, 1972.

Latour B., « Les "Vues" de l’Esprit : une introduction à l’anthropologie des sciences et des techniques », in Akrich M., Callon M., Latour B. (dir.), Sociologie de la traduction, Presses de l’École des Mines de Paris, p. 33-70, 2006.

Latour B., Sur le culte moderne des dieux faitiches, La Découverte, 2009.

Lelarge L., L’encyclopédie sociale d’Otto Neurath, L’Harmattan, 2009.

Tiercelin C., Le ciment des choses. Petit traité de métaphysique scientifique réaliste, Ithaque, 2011.

Informations pratiques

Jeudi 27 mars 2014, 14h
Salle MPSA / Irem
Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, Campus des Cézeaux
24 avenue des Landais, 63170 Aubière

Jeudi 10 avril 2014, 14h
Amphi 220
Maison des sciences de l’Homme
4 rue Ledru, Clermont-Ferrand

Contact Éric Dacheux