Séance organisée et animée par Thierry Paquot.

 
Séminaire de l’ISCC

Aires numériques et connexions

 
Mardi 7 janvier 2014, 14h30 à 16h30, ISCC

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Bruno Marzloff
La cité des services

« Nous voulons changer le statut de la ville pour qu’elle devienne une cité de services ». Le commissaire de l’Exposition universelle de Shanghai rejoint l’urbaniste William Mitchell du MIT pour qui les infrastructures immatérielles deviennent les supports de la ville. Qu’il s’agisse d’une privatisation des villes comme le pensent certains, d’une « trajectoire de mutualisation » pour reprendre le langage fleuri de l’État ou d’un modèle collaboratif, mâtiné de productivités certaines et d’angélismes divers, le mouvement s’installe durablement, questionnant dérives et opportunités.

La ville intelligente optimise la valeur de l’équipement urbain et affecte dans le même temps la notion d’urbanité, car le jeu des hyperliens entre citadins et leurs « contributions » sont à la base du service. La société est entrée sans recul possible dans un modèle où les services pèsent déjà plus de 75 % des emplois, 80 % du PIB et 85 % de la croissance. Pourquoi la ville échapperait-elle à cette rupture de paradigme ? Trois raisons au moins la consolident :

1. Les limites des croissances « physiques » (métropolisation, inflation des mobilités, artificialisation du territoire, réduction des ressources, etc.) et les crispations économiques et environnementales poussent à la mutation servicielle.

2. Au schéma descendant et univoque – l’administration et l’entreprise dictaient l’usage – s’ajoute une voie montant des usagers eux-mêmes. Le paradigme de la demande se substitue à celui de l’offre et nous précipite vers d’autres aventures.

3. La maturité de l’aire numérique urbaine (terminaux, capteurs, réseaux, cloud, applications) et des usages assure le socle des services. Reste à développer la « donnée » ; un carburant sans lequel rien ne peut s’envisager dans les services urbains et qui pose la question cruciale des gouvernances.

Bruno Marzloff, diplômé de science politique, dirige le cabinet de prospective et laboratoire des mobilités innovantes Chronos depuis 1998. Copilote avec la Fing du programme Ville 2.0, il coanime depuis le programme DatAct sur la coproduction de services urbains avec le Hub. Il publie en 2013 Sans bureau fixe (Fyp éditions, à paraître), après Le 5e écran. Les médias urbains dans la ville 2.0 (Fyp éditions, 2009) et Pour une mobilité plus libre et plus durable (avec Daniel Kaplan, Fyp éditions, 2008).


Olivier Mongin
Flux et connexions : l’urbain globalisé

Si la ville européenne est, de manière discutable, encore considérée comme le lieu de naissance de l’urbanisme et prise comme modèle dans les comparaisons avec les pays « émergents », nous nous intéresserons ici à une urbanisation « diffuse et généralisée ». Il s’agit davantage d’une tendance que d’un nouveau modèle qui se met en place au niveau mondial et qu’il s’agit aujourd’hui d’étudier pour au moins trois raisons :

1. La mondialisation contemporaine, loin d’être un phénomène uniquement économique, est liée à l’urbanisation rapide en cours depuis le début du XXe siècle ;

2. Cette urbanisation est indissociable des mutations techniques dues aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) qui mettent en concurrence moteur industriel et moteur numérique. L’idéologie du « pur virtuel » prend une place de plus en plus importante, conduisant un urbanisme de sectorisation à se substituer à un urbanisme fonctionnaliste (pour lequel la circulation n’est qu’une fonction parmi d’autres). On observe ainsi, par exemple, la réification des outils et boîtes virtuelles avec le mouvement du container urbanism ;

3. Davantage que de décrire les connectivités en cours, il s’agit surtout de s’interroger sur la dimension politique (dans le mot d’ordre « Global, vert, connecté », il manque le mot « démocratique ») en suscitant une réflexion sur l’espace public permettant de tenir compte de la dimension anthropologique de l’habiter. Des exemples en Chine et au Brésil permettront d’éclairer ce point.

Olivier Mongin est éditeur, directeur de publication de la revue Esprit, vice-président du syndicat de la presse culturelle et scientifique. Il a écrit entre autres ouvrages sur l’urbanisation contemporaine et les valeurs urbaines : Vers la troisième ville ? (Hachette, 1995), La condition urbaine. La ville à l’heure de la mondialisation (Seuil, coll. « Points », 2007) et récemment La ville des flux. L’envers et l’endroit de la mondialisation urbaine (Fayard, 2013). Il dirige la revue Tous urbains (PUF).

Informations pratiques

Inscription à leseminaire@iscc.cnrs.fr

Mardi 7 janvier 2014, 14h30 à 16h30

Maison des sciences de la communication
20 rue Berbier-du-Mets, Paris 13e
Métro 7, « Les Gobelins »