Séminaire de l’ISCC

La Terre sous surveillance. Télédétection et observation environnementale pendant la guerre froide

 
17 décembre 2013, 14h30 à 16h30, ISCC

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Néstor Herran
« La Terre sous surveillance »

Le projet TEUS (acronyme de The Earth Under Surveillance : Geophysics, Climate Change and the Cold War Legacy) est un projet de recherche financé par l’European Research Council (2009-2014), qui rassemble des chercheurs dans trois pays et cinq universités différentes : Manchester, Strasbourg, Pierre et Marie Curie, Marnée-la-Vallée et l’université autonome de Barcelone.

TEUS explore l’histoire des sciences de la terre et de l’environnement, en mettant l’accent sur la façon dont la guerre froide a façonné le financement et les trajectoires de recherche d’importantes institutions européennes de recherche en géophysique. En particulier, le focus est mis sur la co-construction des sciences de la terre et l’environnement avec des activités de renseignement. Le groupe a étudié ces échanges et interactions dans le cadre d’explorations géophysiques ou dans l’interaction entre la diplomatie et la coopération scientifique internationale.

À partir d’une approche transnationale, les membres de TEUS ont abordé notamment cinq thématiques : les interactions entre science, renseignement et diplomatie dans la prospection de ressources naturelles comme l’uranium et le pétrole ; l’émergence de réseaux de mesure de la radioactivité environnementale et de séismologie dans le cadre de la surveillance des projets nucléaires ; le développement de l’océanographie en rapport avec la surveillance du trafic sous-marin ; l’exploration de l’Arctique et de l’Antarctique dans le cadre de la diplomatie et des enjeux militaires de la guerre froide ; et le développement de modèles et systèmes globaux de surveillance environnementale. Ces activités, qui sont aujourd’hui à la base de l’analyse et la modélisation environnementales, sont révélatrices de l’héritage de la guerre froide dans notre compréhension du changement climatique et de l’impact humain sur l’environnement.

Néstor Herran est maître de conférences en histoire des sciences à l’université Pierre et Marie Curie (Paris 6) et responsable du groupe international de recherche TEUS dans cette université. Sa recherche concerne l’histoire des sciences physiques au 20e siècle, avec un intérêt particulier pour l’histoire de la radioactivité et du nucléaire. Dans le cadre de TEUS, il travaille sur l’histoire de l’émergence de réseaux transnationaux de surveillance de la radioactivité environnementale et d’usage de senseurs électroniques dans les sciences de l’environnement.


Sebastian Vincent Grevsmühl
« L’invention de l’environnement global »

L’invention de l’environnement global propose une histoire culturelle et visuelle d’un regard « d’en haut » sur la Terre, fait d’un vaste éventail de pratiques scientifiques et culturelles ainsi que d’imaginaires collectifs. Ceux-ci permettent de saisir toute la portée historique de la succession des régimes d’exploration (de la « fin » de la géographie terrestre à l’exploration de l’atmosphère et de l’espace), de l’extension de plus en plus sûre et efficace des géographies habitables (grâce aux infrastructures de survie), ainsi que des dynamiques de clôture et d’ouverture d’espaces comme effet et résultat de ces transformations. À chaque étape, on voit la mise en place de dispositifs nouveaux, permettant de construire la « nouvelle » globalité et la naissance de métaphores permettant de la penser.

Cette intervention se focalisera sur l’une des ces étapes, à savoir le « monde clos » de la guerre froide qui est au coeur du projet TEUS. C’est une vision élaborée au sein de think tanks, accompagnée de nouvelles projections cartographiques qui rendent la guerre nucléaire palpable et reposent sur l’introduction d’ordinateurs et de nouvelles infrastructures d’observation (l’observation spatiale notamment), mises en place lors de l’année géophysique internationale (1957-1958). Outre l’histoire géo-politico-technologique de la guerre froide, il faut mobiliser aussi la géographie, l’histoire de la télédétection et l’analyse des métaphorisations et images scientifiques, afin de proposer un récit plus complexe, plus culturel et plus matériel de la naissance d’une nouvelle vision totalisante de l’environnement global.

Sebastian V. Grevsmühl est docteur en histoire des sciences et post-doctorant à l’université Pierre et Marie Curie (Paris 6) au sein du groupe de recherche TEUS (The Earth Under Surveillance). L’invention de l’environnement global renvoie au titre de son livre qui va paraître en 2014 aux éditions du Seuil dans la nouvelle collection « Anthropocène ».

Informations pratiques

Inscription à leseminaire@iscc.cnrs.fr

Mardi 17 décembre 2013, 14h30 à 16h30

Maison des sciences de la communication
20 rue Berbier-du-Mets, Paris 13e
Métro 7, « Les Gobelins »