Retour sur la première réunion d’examen du SMSI +10, Vers des sociétés du savoir pour la paix et le développement durable, 25-27 février 2013, siège de l’Unesco, Paris.

 

Première réunion d’examen du SMSI +10

 
Valérie Schafer, 25 février 2013

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Dix ans après la réunion de Genève, qui ouvrait le Sommet mondial pour la société de l’information, poursuivi deux ans plus tard à Tunis, se tient actuellement la première réunion d’examen du SMSI +10 à l’Unesco à Paris (25-27 février 2013).

Le SMSI avait introduit dans la première moitié des années 2000 une rupture dans la compréhension et l’appréhension des changements liés aux TIC, au développement de l’Internet, tout en s’intéressant bien sûr également aux médias plus traditionnels mais non empreints d’enjeux et de tensions comme la radio, la télévision ou le téléphone. Il avait notamment vu l’entrée dans les débats de la société civile, qui avait au cours du Sommet gagné son droit à être écoutée (et entendue ?) aux côtés des gouvernements et des entreprises privées. Il avait aussi fondé un groupe de travail sur la gouvernance de l’Internet qui définissait celle-ci, en 2005, comme « l’élaboration et l’application par les États, le secteur privé et la société civile, dans le cadre de leurs rôles respectifs, de principes, normes, règles, procédures de prise de décisions et programmes communs propres à modeler l’évolution et l’utilisation de l’Internet ». Le groupe précisait que la gouvernance « englobe aussi des questions de politique générale importantes, comme les ressources Internet critiques, la sécurité et la sûreté du réseau mondial et ce qui touche à son développement et à l’utilisation qui en est faite » [1]. De cet intérêt pour la gouvernance et de cette vision multi parties prenantes était né le Forum sur la gouvernance d’Internet (FGI) qui s’est depuis réuni à plusieurs reprises (sept fois, depuis Athènes en 2006 jusqu’à Baku en 2012).

L’organisation du SMSI avait été confiée en 2003 et 2005 à l’UIT (Union internationale des télécommunications, qui appartient à l’Onu), tandis que l’Unesco avait souligné les limites de la notion de « société de l’information », pourtant très répandue à l’époque, parlant davantage de « société de la connaissance ».

Largement impliquée dans l’organisation du SMSI +10 avec l’UIT, le Pnud et la Cnuced, l’Unesco place ce premier rendez-vous de retour sur le SMSI, et surtout de prospective et de réflexion sur l’avenir, sous le signe des « sociétés du savoir », pour la paix et le développement durable. Une évolution notable dans le choix des mots, qui dépassent le seul objectif de l’information.

Les 26 et 27 février 2013, plusieurs dizaines de sessions parallèles se dérouleront et témoigneront à la fois des espoirs portés dans les TIC mais aussi de ses enjeux. Multilinguisme, diversité culturelle et linguistique, promotion de la liberté d’expression, développement de la cyberscience et en parallèle respect de la vie privée en ligne, sécurité numérique, défis éthiques et sociétaux actuels et émergents de la société de l’information..., on voit à la fois les vertus sociales dont sont parées les technologies de l’information et de la communication mais aussi les questions qu’elles (re)posent. Et parmi les participants, les difficiles équilibres à l’œuvre entre représentants gouvernementaux, membres des institutions de gouvernance de l’Internet (Isoc), secteur privé (Microsoft), universitaires...

Évènement anniversaire du plan d’action du SMSI, la rencontre a aussi pour objectif de produire des recommandations alimentant les réunions d’examens ultérieures et l’AGNU 2015 (Assemblée générale des Nations Unies).

Au terme de la première journée, très officielle, cadre des séances plénières et des réunions qualifiées de « haut niveau », on a à la fois le sentiment de vivre un moment solennel, mais aussi parfois l’impression d’être ramené dix ans en arrière, quand le numérique était le vecteur de toutes les utopies et espoirs.

Reste à attendre les sessions parallèles pour entrer pleinement dans un débat renouvelé.

Valérie Schafer, chargée de recherche CNRS à l’ISCC, est notamment l’auteur avec Hervé Le Crosnier de La neutralité de l’Internet. Un enjeu de communication, CNRS Éditions, coll. « Les Essentiels d’Hermès », 2011.


[1Rapport du groupe de travail sur la gouvernance de l’Internet
http://www.itu.int/wsis/docs2/pc3/off5-fr.pdf