Deuxième rencontre du projet Sacred, séminaire consacré à l’approche communicationnelle des recherches sur les données.

 
Peps 2012

Data-driven science : ruptures et continuités

 
Jeudi 20 décembre 2012, 15h à 18h, ISCC

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Avec Bruno J. Strasser (intervenant), Université de Genève et Yale University, et Guillaume Carnino (discutant), Université de technologie de Compiègne, seront abordées les ruptures et continuités en termes de méthodes, d’épistémologie ou encore de statut de l’auteur, qu’entraînent le « déluge informationnel », les grandes masses de données, etc, dans l’histoire des sciences, notamment celles du vivant.

Compte rendu

La seconde séance du séminaire Sacred a été dédiée au déluge informationnel et notamment à ce que l’on appelle la data-driven science, par opposition à la méthode expérimentale et à l’hypothesis-driven science. Il s’agissait de revenir sur différentes manières de faire de la science, selon que les données ou les hypothèses prévalent dans la genèse de la recherche, et d’interroger la place et l’accessibilité des données : quels sont les enjeux du partage des données scientifiques ? Faut-il privilégier l’accès aux données brutes, aux résultats ? Qu’induit une démarche qui consiste à travailler sur des données que l’on n’a pas produites ou collectées ? Quels enseignements peut-on tirer d’une mise en perspective historique de ces questions ?

Bruno Strasser s’est concentré sur la question de la production du savoir dans les sciences du vivant, en proposant une approche diachronique qui repart de l’opposition entre sciences naturalistes et collections d’une part et méthode expérimentale d’autre part dans la collecte des données. En interrogeant de manière critique la césure entre ces deux méthodes, prégnante depuis les années 1960, il a proposé des pistes stimulantes pour la compréhension des sciences du vivant telles qu’elles sont pratiquées aujourd’hui, en particulier sur leur usage des bases de données. Après avoir offert un regard critique sur la notion de Data Deluge, de tsunami informationnel et interrogé la notion de « nouvelle science », de « quatrième paradigme » sous l’angle historique, privilégiant à la notion de rupture celle d’hybridation des traditions scientifiques, il a exploré la constitution de bases de données utilisées par les biologistes tels la Protein Data Bank ou Genbank en les considérant sous l’angle de la collection : méthodes de production, acteurs, enjeux, usages, débats sur la propriété intellectuelle...

S’intéressant au statut du collecteur, de l’amateur, du curateur ou encore du scientifique computationnel pour comprendre comment se construisent les données, Bruno Strasser a mis en perspectives les enjeux contemporains grâce à des exemples historiques montrant ainsi l’importance des croisements, des rencontres et des hybridations dans la constitution des bases de données à l’origine des sciences du vivant.

Dans son intervention Guillaume Carnino a ensuite dressé un tableau problématisé de quelques approches en histoire des sciences telle celle de Christian Licoppe sur les changement de régimes scientifiques et de preuves, appuyant ses propos sur des études de cas tels les travaux de Louis Pasteur ou encore d’Alphonse Bertillon. Son approche également historique a permis de nourrir une séance qui visait à réintroduire la longue durée de l’histoire des sciences dans la compréhension et l’analyse des pratiques scientifiques d’aujourd’hui, engageant ensuite la salle à une discussion notamment sur la rupture qualitative et quantitative induite par le déluge informationnel.

Informations pratiques

Jeudi 20 décembre 2012, 15h à 18h

Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC)
20 rue Berbier-du-Mets, 75 013 Paris
Métro 7, bus 27, 47, 83, 91, « Les Gobelins »

Entrée libre, inscription souhaitée auprès de Jean-Christophe Plantin ou Clément Mabi.