Compte rendu de la première rencontre du projet Sacred, séminaire consacré à l’approche communicationnelle des recherches sur les données.

 
Peps 2012

Digital Methods et SHS

 
Vendredi 30 novembre 2012, 15h à 18h, ISCC

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La première séance du séminaire Sacred a été dédiée aux enjeux des Digital Methods pour la recherche en sciences humaines et sociales.

Elle a permis au cours de deux heures trente de discussions fécondes entre David M. Berry (Swansea University) et Bernhard Rieder (Université d’Amsterdam), puis avec la salle, d’explorer la question des rapports entre Digital Humanities et recherche en SHS et plus largement les enjeux épistémologiques liés au tournant computationnel.

David M. Berry a ouvert l’échange en discutant le papier de Bernhard Rieder et Theo Röhle « Digital Methods : Five Challenges » publié dans l’ouvrage qu’il a coordonné : David M. Berry (ed.), Understanding Digital Humanities, Palgrave Macmillan, 2012.

Il a souligné les enjeux méthodologiques et théoriques de l’analyse des médias numériques, disséqué le computational turn des SHS et la formation d’une « computational knowledge society » dans laquelle les gens consomment des données, souvent déjà transformées, mises en forme, agrégées, simplifiées.

David M. Berry après avoir souligné l’intérêt des travaux de Rieder et Röhle pour faire prendre conscience aux chercheurs de la nécessité d’une réflexivité sur les digital methods a discuté les cinq défis, cartographiés dans l’article des deux chercheurs :

  • le leurre de l’objectivité,
  • le pouvoir de l’évidence visuelle,
  • l’effet boîte noire,
  • les perturbations institutionnelles,
  • la quête d’universalisme.

David M. Berry et Bernhard Rieder ont discuté la fascination des humanités pour le computationnel (liée pour Rieder et Röhle à un désir de connaissances objectives, une forme de scientisme), exploré la notion de softwerization dans les sciences humaines (à travers le passage d’une matérialité mathématique à une autre plus computationnelle), le choix des mots et du périmètre de leur objet (computational methods ou digital methods ?). La discussion a également évoqué l’importance de développer des méthodes issues du numérique afin de mieux saisir la complexité de cet environnement et en proposer des formes d’ethnographie. Cette approche permet, selon les deux discutants, de se dégager d’une compréhension purement instrumentale du numérique et de favoriser sa théorisation en tant que concept. La rhétorique visuelle de l’approche computationnelle a également été interrogée, ainsi que le besoin de plonger dans la boite noire, ce qui implique l’accès au code source et une code literacy, afin de déconstruire l’apparente objectivité quantitativiste qui accompagne le Data déluge. La multiplication des médiations entre les chercheurs et les données a également fait l’objet de débats pour mieux souligner l’importance d’études, y compris communicationnelles, sur cet aspect. Bernhard Rieder a replacé son papier dans le contexte de son expérience des German media studies, souligné à quel point l’épistémologie et le « concret » peuvent entrer en friction, non seulement en termes d’institutions, mais aussi d’éducation, de formation, de travail intellectuel. La question des littératies, de plus en plus « située » (on doit servir à apprendre à se servir de certains outils de type API – Appication Programming Interface, nécessitant des apprentissages particuliers) a souligné la grande hétérogénéité de l’équipement des Digital Humanities et l’importance d’initier les étudiants le plus tôt possible à la complexité de ces usages. Ces discussions sur les méthodes soulevaient la question, fondamentale et sous-jacente tout au long de la séance, du changement apporté par les digital humanities dans la façon de voir et d’aborder la science, et plus particulièrement les SHS.