Pourquoi les découvertes biomédicales qui sont rapportées par la presse s’avèrent le plus souvent fausses : le cas du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité

 
François Gonon, Jan-Pieter Konsman, David Cohen et Thomas Boraud, Plos One, 2012

English français

Accueil > Recherche > Publications

 

Communiqué de presse

La presse grand public privilégie les études biomédicales initiales et celles-ci sont souvent réfutées ultérieurement : 7 des 10 études les plus médiatisées concernant l’hyperactivité TDAH ont été réfutées ou largement atténuées par les travaux ultérieurs sans que la presse le mentionne.

La couverture journalistique des recherches biomédicales concerne principalement des découvertes initiales qui sont souvent réfutées ou largement atténuées par les études ultérieures. Par conséquent, selon un article publié dans la revue en accès libre PLoS ONE le 12 septembre, ce bais favorise la couverture médiatique d’infirmations potentiellement erronées.

Les chercheurs, dirigés par François Gonon de l’université de Bordeaux, ont étudié le cas du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Ils ont identifié les 47 études scientifiques publiés pendant les années 1990 qui ont été couverts par 347 articles de la presse anglo-saxonne. Parmi les 10 articles les plus médiatisés sept correspondaient à des découvertes initiales. Ces sept études ont été soit réfutées soit largement atténuées par les études ultérieures, mais ces dernières n’ont reçu qu’une couverture médiatique beaucoup plus modeste. De plus, parmi les 57 articles de presse couvrant ces études ultérieures, un seul a mentionné que l’étude initiale correspondante a été atténuée. Les auteurs concluent que si ce biais médiatique était généralisable à l’ensemble des recherches biomédicales, alors il représenterait une importante cause de distorsion de l’information en direction du grand public.

Résumé

Contexte : Puisque les études biomédicales observant un effet positif sont plus souvent publiées que celle qui observent une absence d’effet, il en résulte que les études initiales sont souvent réfutées ou largement atténuées par les études ultérieures.

Questions : Les journaux grand public privilégient-ils les découvertes initiales ? Informent-ils le public des études ultérieures ?

Méthodes : Les auteurs ont étudié le cas du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH). En utilisant les bases de données Factiva et PubMed ils ont identifié 47 études scientifiques publiées de 1990 à 1999 concernant le TDAH et qui ont été rapportés par 347 articles de la presse anglo-saxonne. Ils ont sélectionné les 10 études les plus médiatisées et ont recherché toutes les études ultérieures correspondantes publiées jusqu’en 2011 afin de savoir si ces 10 études ont été confirmées ou non. Ils ont aussi comparé la couverture médiatique de ces 10 études à celle des études ultérieures correspondantes.

Résultats : 7 des 10 études les plus médiatisées se sont avérées être des études initiales et les conclusions de 6 d’entre elles ont été soit réfutées soit largement atténuées par les études ultérieures. La septième n’a été ni confirmée ni réfutée, mais il paraît maintenant peu probable que sa principale conclusion puisse être confirmée. Parmi les trois des 10 études les plus médiatisées et qui n’étaient pas des études initiales, deux ont été confirmées par les études ultérieures et la troisième a été atténuée. La couverture journalistique des 10 études les plus médiatisées (223 articles de presse) a été beaucoup plus large que celle des 67 études ultérieures (57 articles). De plus, parmi les 57 articles de presse couvrant ces études ultérieures, un seul a mentionné que l’étude initiale correspondante a été atténuée. En moyenne le facteur d’impact des revues scientifiques ayant publié des études médiatisées (17,1 n = 56) est plus élevé (p < 0,0001) que pour les études n’ayant reçu aucune couverture de presse.

Conclusion : Puisque la presse grand public a privilégié les études initiales concernant le TDAH et publiées par les revues scientifiques les plus prestigieuses, elle s’est fait l’écho de découvertes incertaines et qui ont souvent été réfutées ou atténuées par les études ultérieures. Si ce biais médiatique était aussi observé dans d’autres domaines de la recherche biomédicale, il représenterait une cause majeure de distorsion de l’information en direction du grand public.