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Hermès 65 - Le monde Pacifique dans la mondialisation Journée d'étude Weusc - 5 juin 2013

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Fractures dans la société de la connaissance

Novembre 2006 – Coordonné par Bonaventure Mvé-Ondo et Didier Oillo

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La version numérique de ce numéro est accessible gratuitement sur I-revues. La version papier est disponible à l’achat sur le site web de CNRS Éditions.

Présentation

En novembre 2005, après la Suisse, la Tunisie a consacré la « société de l’information » en organisant la seconde phase du Sommet mondial sur la société de l’information. Cette société, encore embryonnaire, est fondée sur les réseaux, l’Internet, les moteurs de recherche, la numérisation des grands fonds de la connaissance, les sociétés de distribution d’images et les industries culturelles mondialisées. Ceci suppose que tous les citoyens soient usagers de ces techniques et les apprécient...

La « révolution technologique » que certains croient ici percevoir engendre certes une nouvelle économie avec son cortège d’innovations, mais aussi de nombreuses inégalités sociales. Et elle en vient à constituer un rempart pour les responsables politiques, désemparés face à la complexité des enjeux mondiaux.

Cette livraison d’Hermès portant sur la « société de la connaissance » ­ autre terme mieux adapté pour désigner la société de l’information doit être conçue comme un outil au service de la réflexion critique. Nous espérons aussi attirer l’attention des « décideurs » sur certaines dimensions : techniques (liées au libre accès) ; éducatives (promouvant la généralisation des cours numérisés libres de droit) ; sociales (privilégiant la préservation de l’indépendance de l’éducation et la diffusion des connaissances) ; économiques (montrant que l’avenir de l’éducation ne passe pas par sa brevetabilité et son inscription à l’Accord général sur le commerce des services).

Ce numéro souhaite contribuer à fonder d’autres paradigmes pour penser la « société de la connaissance ». Nous avons choisi à cet effet quatre problématiques. La fracture numérique en recherche de sens. La mise en question des modèles économiques et juridiques. Les limites du virtuel dans les modèles pédagogiques. Les universalismes à l’épreuve de la technique.

Résumés

Olivier SAGNA
La lutte contre la fracture numérique en Afrique : aller au-delà de l’accès aux infrastructures

Le potentiel de développement porté par les TIC reste quelque chose de purement théorique pour des millions de personnes compte tenu de l’existence de la fracture numérique qui sépare les « inforiches » des « infopauvres ». Dans la perspective de la construction d’une société de l’information inclusive, la question de l’accès universel aux TIC est donc centrale, notamment pour les pays africains. Cette problématique ne doit cependant pas être réduite à la question de la disponibilité des infrastructures de télécommunications ; elle doit prendre en compte l’accès réel, c’est-à-dire les usages. Afin de résoudre les problèmes de diverses natures interdisant l’appropriation des TIC par le plus grand nombre, il faut aller au-delà de la régulation par le marché et mettre en œuvre de vigoureuses politiques publiques visant à faire de l’accès universel une réalité concrète pour tous ceux dont les chances de bénéficier pleinement des opportunités offertes par la société de l’information sont aujourd’hui hypothéquées.

Mots-clés : fracture numérique, accès universel, service universel, usages, Afrique.


Caroline RIZZA
La fracture numérique, paradoxe de la génération Internet ?

Cet article traite la problématique du facteur humain dans la société en réseau en mettant en évidence que les TIC sont à la fois créatrices et destructrices de lien social. Il propose une approche de la fracture numérique selon deux niveaux : – un accès inégalitaire à Internet et aux TIC ; – des savoirs et savoir-faire insuffisants pour communiquer dans une société désormais régie par la manipulation et les mécanismes de génération de la connaissance. Il prend comme exemple référentiel la génération Internet née de la double médiation technique et sociale caractéristique du lien social engendré par l’usage des TIC. Et, il situe ainsi la véritable origine de la fracture numérique dans les inégalités socioéconomiques et culturelles qui existaient pour la plupart avant l’introduction des TIC et la mise en réseau de la société.

Mots-clés : fracture numérique, lien numérique, génération Internet, société de la communication.


Bruno OLLIVIER
Fracture numérique : ne soyons pas dupes des mots

Quelle est la pertinence de l’expression « fracture numérique » qui sert à désigner des inégalités entre populations, en prenant en compte le niveau technologique, le taux de connectés, le nombre de machines, les budgets consacrés aux TIC, etc. S’agit-il d’un concept qui pourrait servir à définir des politiques ou des investissements ? En fait, il apparaît que la fracture numérique, tant entre les pays du Sud et les pays du Nord qu’au sein d’un même pays (entre des populations de statuts différents), n’est qu’une transposition d’autres inégalités ou phénomènes d’exclusion, comme le chômage, la précarité, la prolétarisation, _etc. Porter sur les équipements et les pratiques liés à l’informatique et aux réseaux un regard exclusif, en les isolant du contexte global économique et social, revient à admettre que le développement des TIC serait indépendant de ces facteurs généraux, qu’il existerait un progrès technologique applicable en tous lieux de la même manière et qu’à travers les TIC, et leur seule implantation, on pourrait remédier aux inégalités et au sous-développement.
Mots-clés : fracture numérique, usages sociaux, TIC, sous-développement.


Mokhtar BEN HENDA
Les contradictions d’une politique de diversité culturelle

La machine uniformisatrice de la mondialisation prétend respecter la diversité des langues et des cultures, qui est devenue l’un des nouveaux dogmes de ce temple socioculturel universel qu’est l’Unesco. Mais elle manque encore de profondeur et d’originalité dans sa manière de concevoir et de consolider cette diversité ; une profondeur et une originalité que l’on peut, par contre, découvrir dans les basses couches de la société mondiale, riches de leurs particularismes identitaires, fécondes par leurs métissages et innovantes grâce aux bouleversements constants qu’elles subissent. Cette réflexion part de l’étude de quelques textes fondamentaux de l’Unesco qui donnent des orientations en vue de la sauvegarde et de l’optimisation de la diversité culturelle et linguistique du monde actuel. Elle est un regard critique porté sur les incohérences dans la démarche vers une démocratisation culturelle universelle.
Mots-clés : diversité culturelle, multilinguisme, pays en développement, société du savoir.


Hervé LE CROSNIER
Économie de l’immatériel : abondance, exclusion et biens communs

La « société de la connaissance » concerne l’ensemble des secteurs productifs. Elle induit une réorganisation des entreprises, qui a des conséquences sur la définition du travail et sur l’établissement de la valeur des firmes. Les enjeux de transfert de connaissances pour le développement sont devenus critiques, comme le montre l’exemple des médicaments. Dans cette situation, une stratégie de verrouillage, par la construction de nouvelles enclosures dans le domaine immatériel est en chantier dans l’ensemble des pays développés. En contrepoint, de nouveaux mouvements sociaux du numériques visent à étendre le domaine public et à construire les biens communs de l’information. Ces mouvements se rapprochent des pays en développement et permettent de définir un nouvel équilibre économique et géopolitique mondial.
Deux questions peuvent nous servir de boussole pour inventer les nouvelles formes d’organisation publique de l’ére informationnelle : le critère de l’accès au savoir pour tous et celui de la défense de la vie privée.

Mots-clés : société de la connaissance, biens communs de l’information, négociations internationales, propriété intellectuelle, accès aux connaissances.


Michel ARNAUD
Propriété intellectuelle et accès public au savoir en ligne

La privatisation de la connaissance est en contradiction avec la possibilité d’accéder à l’ensemble des savoirs disponibles à travers les nouveaux réseaux de communication. La qualification de l’accès au savoir en ligne comme « bien public international » répond à la demande des populations des pays en développement qui n’ont pas les moyens de s’équiper à domicile et encore moins de payer l’accès à des contenus en ligne à des tarifs élaborés par les marchands des pays développés. Les modalités de mise à disposition des savoirs incluent des composantes techniques, informatiques et juridiques qu’il est nécessaire de mettre au point. Quant au régime de propriété intellectuelle, il devrait être modifié en conséquence.
Mots-clés : Propriété intellectuelle, accès public au savoir en ligne.


Adrian MIHALACHE
Promesses et périls de la nouvelle économie

Comprendre les mécanismes sous-jacents de la « nouvelle économie » (l’économie de l’information et du savoir) permet d’augmenter ses chances de gagner au jeu. Un rapide survol des conditions de naissance et de développement de la nouvelle économie montre que le passage de l’économie industrielle à l’économie du savoir a été accompagné par des malentendus similaires à ceux qu’a soulevés l’avènement de l’industrie dans les sociétés agraires. Dans cet article, nous montrons qu’il faut bien distinguer la nouvelle économie, l’économie des services et l’économie du don. Nous évaluons la pertinence des grandes théories économiques (néoclassicisme, marxisme et marginalisme) pour rendre compte de la nouvelle économie. En examinant les sources des revenus qu’elle peut fournir, nous montrons les dangers qu’une gestion imprudente et non orthodoxe risque d’engendrer. Le temps romantique des pionniers est révolu ; la crise de croissance est dépassée. Il reste que la nouvelle économie offre à l’homme du nouveau millénaire l’occasion de se réinventer.

Mots-clés : économie des services, économie du don, coût marginal, coût moyen unitaire, actifs intangibles.


Jacques PERRIAULT
La norme comme instrument d’accès au savoir en ligne

Du fait de la mondialisation, notre histoire présente est pleine de nouveaux enjeux culturels, éducatifs, économiques, et technologiques, qu’accompagnent un cortège de problèmes collatéraux. Les différentes aires culturelles et linguistiques du monde produisent de plus en plus de savoirs en ligne sur toute une variété de supports. Il semble que la normalisation des accès à ces savoirs soit une condition essentielle et incontournable pour, à la fois, faciliter la circulation de ces données et respecter la diversité de leurs sources. Cette normalisation devrait contribuer non seulement à combler le fossé séparant les pays du Nord et du Sud, mais aussi à préserver le pluralisme culturel de l’humanité.

Mots-clés : société de l’information, société des savoirs, diversité culturelle, normes, standards, formation en ligne, bien public international, logiciels libres.


Jacques WALLET
À l’heure de la société mondialisée du savoir, peut-on supprimer les enseignants ?

La question à laquelle nous tentons de répondre doit être abordée de différentes façons : elle est récurrente dans l’histoire des technologies pour l’éducation ; elle peut être pensée à l’échelle mondiale, particulièrement pour ce qui est des pays en développement ; elle concerne à la fois les sciences de l’éducation, les sciences de la communication, l’économie et les institutions. Nous évoquons d’abord les établissements scolaires sous l’angle de l’histoire des technologies pour l’éducation et des discours sur « la fin des enseignants ». Dans une deuxième partie, nous analysons les effets du e-learning sur les établissements universitaires et leurs enseignants. Enfin, nous nous interrogeons sur l’absence de réflexion concernant le rôle des enseignants dans les projets TICE mis en place dans les pays en développement.

Mots-clés : enseignants, Internet, e-learning, autoformation, histoire des technologies.


Véronique KLECK
Médias et mondialisation : des alternatives aux pratiques hégémoniques

Bras armés de la mondialisation néo-libérale, la communication, l’information et les médias sont aussi un levier puissant des mouvements qui tentent de promouvoir des alternatives aux logiques dominantes. Dans le cadre des Forum sociaux mondiaux, des alternatives aux pratiques hégémoniques des médias traditionnels sont portées par des médias communautaires, alternatifs et activistes, et par les mouvements de l’Internet solidaire et du logiciel libre. Ces mouvements défendent les droits à la communication et entendent faire reconnaître que l’information est un bien commun qui doit être accessible à tous.

Mots-clés : médias, communication, Internet, logiciel libre, droits à la communication, bien commun, réseaux, mouvements sociaux, mondialisation, société de l’information.


Guy CASTEIGNAU et Isabelle GONON
Pratique du travail collaboratif en communautés virtuelles d’apprentissage

Le campus virtuel de la filière TIC de Limoges propose depuis 1998, via Internet, des formations diplômantes pour les TIC et par les TIC. Les 600 étudiants sont organisés en communautés virtuelles d’apprentissage. Les communautés virtuelles sont une forme de socialisation propre à Internet. Le travail de groupe évite le sentiment d’isolement et facilite les apprentissages. Les étudiants et les enseignants échangent et partagent au niveau de la communauté globale, au niveau des communautés de promotion et d’unité d’enseignement qui sont des communautés de pratique. Ils pratiquent le travail collaboratif au niveau des communautés de travail, c’est-à-dire qu’ils mutualisent leurs compétences et coordonnent leurs actions pour mener à bien les apprentissages. Pour réussir ce travail collaboratif il y a des règles et une « nétiquette » à respecter. L’intelligence collective naît du travail en commun des étudiants en réseau.

Mots-clés : communauté virtuelle, apprentissage, communauté de pratique, travail collaboratif, intelligence collective.


Viviane GLIKMAN
Formations à distance en ligne et liberté d’apprendre

Chaque nouvelle technologie suscite des illusions sur les nouvelles possibilités d’accès aux connaissances qu’elle ouvre à tous. Cet article s’intéresse aux différents types d’offres éducatives accessibles sur Internet, de la moins structurée à la plus organisée, et s’appuie sur des travaux de recherche pour mettre en évidence le fait qu’il existe un fossé entre la liberté potentielle d’accès aux savoirs et son accès effectif. Il souligne les diverses difficultés rencontrées par les apprenants et rarement prises en compte par l’institution éducative, et il insiste sur l’importance de la fonction tutorale pour aider les moins armés, qui sont aussi les plus nombreux, à acquérir l’autonomie nécessaire à ce mode d’apprentissage. Il conclut que, faute d’un investissement important dans ce domaine, l’égalité des chances et la « liberté d’apprendre », dont les formations en ligne se prétendent porteuses, ne peuvent que demeurer des mythes.

Mots-clés : formation à distance, e-learning, égalité des chances, médiations humaines, analyse des usages.


Pierre-Jean LOIRET
L’Université virtuelle africaine : ambitions sans limite, limites d’une ambition

Les technologies de l’information et le e-learning sont souvent invoqués par les grands organismes internationaux de coopération comme l’unique moyen de sauver de ses faiblesses l’enseignement supérieur en Afrique. Le renforcement des universités traditionnelles, la modernisation de leurs laboratoires, les dotations en faveur de leurs bibliothèques ne semblent jamais être proposés comme solution. Ce positivisme technologique trouve l’une de ses principales manifestations dans le lancement par la Banque mondiale, en 1997, de l’Université virtuelle africaine (UVA). Près de dix ans après sa création, elle se situe encore au cœur des stratégies des institutions financières internationales concernant l’enseignement à distance en Afrique. Etudier l’UVA conduit à s’interroger sur les objectifs éducatifs et politiques de ses commanditaires. Contribue-t-elle à améliorer la situation des établissements d’enseignement supérieur africains ?

Mots-clés : Université virtuelle africaine, enseignement supérieur, Banque mondiale, Afrique.


Anne-Marie LAULAN
Machines à communiquer et lien social

L’article met en cause l’efficacité des différentes machines à communiquer dans la mesure où elles ne sont pas centrées sur les besoins humains. D’où le paradoxe d’un lien social effiloché, voire détruit, au fur et à mesure que les outils techniques se multiplient. Les fractures sociales ainsi engendrées se rencontrent en Amérique latine où l’identité culturelle issue des luttes coloniales se heurte de plein fouet aux structures verticales à sens unique des dispositifs de communication. Mais la déchirure s’observe aussi en Europe, où l’on rencontre l’« illectronisme » dans toutes les classes sociales. S’observe aussi une montée des « suspicions » envers les contenus diffusés dont l’authenticité et la neutralité sont mises en doute.

Mots-clés : lien social, identité culturelle, racines, mutations.


Nicole KOULAYAN
Les langues diasporiques et Internet : entre nouvelle territorialité, résistance identitaire et partage des savoirs

Notre réflexion s’appuiera sur l’idée selon laquelle les langues diasporiques ont toujours assumé une fonction culturo-identitaire pour leurs membres. En ce sens, elles peuvent être perçues comme des facteurs, aussi bien symboliques que concrets, de résistance contre l’assimilation culturelle plus ou moins irréversible exercée par le pays d’accueil. Nous abordons l’analyse du rapport des langues diasporiques et d’Internet en considérant ce réseau comme une nouvelle territorialité, à la fois contenant et contenu d’une « cyber-diaspora » planétaire. Cette cyber-diaspora présente un rapport d’analogie multiple avec la diaspora classique et s’analyse comme métaphore de la mondialisation. Notre propos sera illustré par l’exemple de la diaspora arménienne qui est l’une des plus anciennes de l’histoire.

Mots-clés : langues, Internet, cyber-diaspora, territorialité, résistance, identité.


Jean-Pierre LETOURNEUX
Humaniser les TIC

Poser la question de l’humanisation des TIC, c’est, en contrepoint, s’interroger sur leurs relations avec l’inhumanité de l’humain. Les TIC résultent d’une convergence entre deux traditions, l’epistèmè d’une part, la technè d’autre part. Elles s’inscrivent aujourd’hui dans une nouvelle convergence, celle du paradigme « nano », regroupant, sous l’hégémonie des nanotechnologies, les TIC, les sciences de la cognition et la biologie. À travers l’extension aux objets artificiels du principe d’auto-organisation, cette convergence est porteuse de risques majeurs pour l’humanité. Elle actualise le mythe de Babel.
Construire une alternative humaniste devient urgent. Celle-ci passe par la restauration d’un monde commun concret. L’emprise des TIC sur la vie quotidienne rend nécessaire leur intégration à ce projet. Toutefois, leur ancrage dans le paradigme « nano » la rend délicate et risquée. La voie est étroite. Nous avons essayé de la tracer ici en prenant comme outils la connaissance, le lien social et la diversité culturelle.

Mots-clés : technologie, information, humanisme, société, diversité culturelle.


Henri HUDRISIER
Société de la connaissance, le paradigme de l’appropriation

L’interconnexion globale du monde redistribue beaucoup plus en profondeur qu’on ne voudrait l’admettre les enjeux technolinguistiques et technoculturels. L’Extrême-Orient notamment devient un acteur incontournable tant pour la production de contenus que pour les composants et les machines à communiquer. La montée en puissance de cette production la conduit à devenir un acteur de premier plan dans la recherche et la définition normative des TIC. Cette nouvelle donne peut à moyen terme influer radicalement sur le monopole nord-américain. Si la diversité culturelle des sociétés d’écriture partiellement ou entièrement idéographique s’accommode déjà très mal de cette vision unique, elle ne l’exprimera certainement pas par des discours mais plutôt par des actes notamment en tissant de nouvelles alliances.
L’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique latine, la Francophonie, l’Europe non anglophone et le reste de l’Asie ont sans doute intérêt à s’inscrire dans la redistribution favorisée par l’émergence de cette bipolarité latente, en déployant leur diversité culturelle et en l’instrumentalisant dans les nouveaux paradigmes d’une information structurée, normalisée, et réellement articulée sur la diversité et non plus sur un marché unique, quelquefois dissimulé sous des localisations incertaines.

Mots-clés : Multilinguisme, langues, écritures, terminologie, normes, e-apprentissage.


Camille Roger ABOLOU
L’Afrique, les langues et la société de la connaissance

L’intérêt des sciences humaines pour les rapports entre TIC, langues et savoirs n’est pas nouveau. Cependant l’intelligibilité d’une construction épistémologique des relations reste un domaine en friche dans le contexte de la mondialisation. Le présent article essaie de s’en prendre à ce vide épistémologique en interrogeant particulièrement les enjeux des langues africaines dans le travail de structuration et de dissémination du savoir global et des savoirs locaux. Ces savoirs, chacun à sa manière, tentent de se construire un statut nouveau en s’insérant dans les divers marchés de la connaissance. Pour cela, ils tirent profit du renouvellement des thématiques occidentales vis-à-vis des consommateurs africains d’information scientifique. En conséquence, des politiques de productivité et de circularité des savoirs s’érigent dans des stratégies d’uniformisation épistémologique. Parallèlement, la mode de la « diversité linguistique et culturelle », censée protéger les langues et savoirs locaux, risque de les transformer en de simples objets ethnographiques.

Mots-clés : langues africaines, épistémologie des relations, dissémination du savoir, nouveaux paradigmes du savoir.


Stéphanie WOJCIK
Les forums électroniques municipaux : un espace délibératif inédit

Cet article examine les spécificités des forums de discussion proposés par les municipalités françaises au regard de quelques-unes des interrogations animant les réflexions sur la délibération. Le forum apparaît comme un lieu conflictuel où l’expression relève davantage du registre de l’émotionnel que de la seule argumentation rationnelle. Ce caractère polémique des échanges n’est pas cependant exempt du souci de l’intérêt général : les internautes disent œuvrer pour la collectivité à partir de leurs revendications personnelles. Les inégalités de compétence entre participants ne disparaissent pas lors des échanges électroniques, notamment en raison d’une maîtrise différenciée de l’écriture ; mais la prédominance de l’institution municipale, qui accompagne habituellement les débats publics, est largement érodée. L’influence du forum dans l’espace public local se manifeste indirectement, à travers son instrumentalisation dans le cadre d’actions collectives.

Mots-clés : délibération, forums de discussion, Internet, municipalités.


Dominique NAUROY
L’échec du livre électronique Cybook : une innovation en mal de traduction

Cet article est consacré à l’analyse du destin d’une innovation portée par la société française Cytale, conceptrice du livre électronique Cybook commercialisé en 2001 et 2002. Il s’agit d’expliquer la raison qui amène Cytale à faire une proposition de lecture sur support électronique et numérique, puis de comprendre la nature et les causes de l’échec de cette innovation. Pour ce faire, l’article se focalise sur la construction de l’objet et de ses publics, ainsi que des réseaux que tenta de constituer l’entreprise. Il est fait appel aux outils de la sociologie de la traduction, pour comprendre comment l’identité d’un objet technique, le Cybook, se construit, et comment ses fonctions lui sont assignées ou refusées. La réalisation de ce livre électronique apparaît comme le fruit d’une négociation plurielle, mais la solidité et la cohérence des alliances que Cytale était parvenue à sceller autour du Cybook posèrent question.

Mots-clés : Cytale, Cybook, livre électronique, édition, sociologies de l’innovation et de la traduction.

date pub 20 février 2012, date maj 7 septembre 2012




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