Organisé en alternance au Centre de recherche en histoire de l’innovation de Paris Sorbonne, à l’EHESS et à l’Institut des sciences de la communication du CNRS, le séminaire « Histoire de l’innovation et des TIC » est ouvert à tous sans inscription préalable.

 
Séminaire Histoire de l’innovation

Réflexion autour d’un ouvrage de Steve Usdin

 
Mardi 24 janvier 2012, 17h à 19h, Maison de la Recherche, Paris 6e

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Larissa Zakharova, maître de conférence à l’EHESS, propose une réflexion autour de l’ouvrage de Steve Usdin, Engineering Communism : How Two Americans Spied for Stalin And Founded the Soviet Silicon Valley, Yale University Press, 2005.

Sommaire et préface de cet ouvrage sont disponibles sur le site de Yale University Press.

Compte rendu

La séance autour de l’ouvrage de Steven T. Usdin, Engineering Communism. How two Americans spied for Stalin and founded the Soviet Silicon Valley (New Haven, Londres, Yale University Press, 2005) a permis d’aborder l’introduction des innovations technologiques dans le contexte soviétique. Ce livre, une des rares recherches sur l’espionnage industriel au profit de l’Union soviétique, écrit à partir de sources essentiellement américaines (des dossiers du FBI et de la CIA) et d’entretiens, s’inscrit dans un courant historiographique qui s’intéresse à la circulation des techniques à l’échelle internationale et qui porte une attention particulière au rôle des intermédiaires (go-betweeners) dans ces circulations.

L’ouvrage peut être lu comme une biographie de deux ingénieurs américains communistes, Joel Barr (connu en URSS comme Joseph Berg) et Alfred Sarant (alias Philip Staros), les pères fondateurs de la micro-informatique en URSS. Entre 1940 et 1950, ils furent employés chez Civil Aeronautics Authority, Western Electric, aux laboratoires des corps de signalisation dans l’armée américaine et chez Sperry Gyroscope, où ils travaillèrent sur la technologie secrète des radars. Appartenant au réseau du fameux espion Julius Rosenberg, impliqué dans le transfert des documents sur la bombe atomique, Barr et Sarant participèrent à la transmission secrète aux Soviétiques d’informations relatives au secteur des communications. Poursuivis par le FBI, ils ont fui les États-Unis pour s’installer d’abord en Tchécoslovaquie puis en URSS (1956) et pour y créer les fondements de la micro-informatique (dans des laboratoires secrets à Leningrad et ensuite au centre de recherche en micro-informatique Zelenograd, créé en 1962 dans une banlieue de Moscou).

Ce livre pousse à réfléchir sur les rapports entre la politique et la technologie. Outre la dévotion absolue de Berg et de Staros à la cause communiste qui les a motivés à proposer des innovations technologiques à l’URSS, le patronage des dirigeants haut placés (ministre des Armements Oustinov et le chef d’État Khrouchtchev) se présente comme un facteur essentiel pour le succès d’une innovation.

Une comparaison avec la réception des différentes technologies dans le contexte soviétique a permis de souligner une vision absolument linéaire du progrès technique en URSS, sans droit à un tâtonnement, à une erreur ou à une impasse. Cette vision, due à la crainte des répressions de la part des ingénieurs et au caractère planifié de l’économie, explique la tendance des Soviétiques à développer les technologies déjà testées dans les pays capitalistes et opter en faveur de l’espionnage industriel.

Informations pratiques

Mardi 24 janvier 2012, 17h à 19h

Maison de la Recherche
28 rue Serpente, Paris 6e, salle D040
Métro Odéon ou Saint-Michel