Cette journée d’étude est organisée par les chercheurs du pôle Gouvernance et usages de l’Internet de l’ISCC.

 
Évènement

Journée d’étude « Internet et frontières »

 
Lundi 20 juin 2011, 9h30 à 18h30

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Présentation

Le rêve du « village global » et de la communication comme source de fraternité a traversé les siècles. Or, en dépit des promesses que cristallisent les réseaux sociaux numériques et le Web 2.0, le social et ses tensions ne s’effacent nullement devant la communication virtuelle. Une forme d’endogamie persiste dans la vie virtuelle comme réelle, les frontières étatiques et culturelles ne sont pas abolies.

Autour de la thématique Internet et frontières, cette journée, organisée par le groupe Gouvernance et usages de l’Internet de l’ISCC, a une vocation interdisciplinaire et invite à penser les frontières à plusieurs échelles (du micro à macro), de l’individu à la société, permettant d’analyser les infrastructures et les contenus en termes de ruptures et de continuité, de glissement, de déplacement plus que de révolution, même si la radicalité du phénomène se doit aussi d’être interrogée.

La notion de « frontière » est polysémique et ouverte, mais renvoie à une interrogation déterminante : Internet, quelles (r)évolutions ? La frontière peut être entendue selon plusieurs acceptions. Elle est une interface, non seulement au sens informatique, entre réel et virtuel, entre hommes et machines, mais aussi au sens géographique d’échange entre régions : si Internet rapproche, n’éloigne-t-il pas aussi en mettant en visibilité l’altérité de manière forte ? La frontière peut être passerelle, espace de transfert, outil de médiation pour le partage et la co-construction des savoirs, ou au contraire barrière, linguistique et culturelle par exemple. La frontière est une zone de tensions et de négociations : se pose alors la question d’acteurs aux logiques contradictoires, de la fracture numérique, de l’aspiration à une gouvernance moins unilatérale d’Internet. La frontière comme limite territoriale, étatique, soulève la question du droit, des logiques nationales, des risques de balkanisation d’Internet, des cyberconflits et de la sécurité. Mais, ce sont aussi les frontières de l’identité ou encore celles de l’acceptabilité qui peuvent être interrogées par celui qui étudie le déplacement des notions de privacy ou d’extimité.

La matinée sera l’occasion d’éclairer la géopolitique de l’Internet, l’après-midi « les autres frontières », celles de l’identité, de la connaissance, de la communication, qui questionnent la place d’Internet comme interface et passerelle. Internet abolisseur ou/et créateur de frontières, Internet à la rencontre des territoires matériels, virtuels et intellectuels : « le réseau des réseaux » produit-il et révèle-t-il un autre partage du monde en cours ?

Programme

MATIN

9h30 – Ouverture de la journée – Communication et frontières

  • Dominique Wolton, directeur de l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC)

Géopolitique de l’Internet

9h55 – La société, Internet et ses frontières

  • Jacques Perriault, professeur émérite en information et communication, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, conseiller à l’Institut des sciences de la communication du CNRS

10h20 – Table ronde. Sécurité et cyberconflits
Animée par Léonard Laborie, chargé de recherche au CNRS, UMR 8138, laboratoire IRICE

  • Le combat cyberélectronique : des débuts au commandement du cyber américain
    Stéphane Dossé, lieutenant-colonel de l’arme des Transmissions, Enseignement militaire supérieur scientifique et technique (EMSST)
  • Les frontières des cyberconflits
    François-Bernard Huyghe, chercheur à l’Iris
  • Les risques du Web
    Michel Arnaud, professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense

11h20 – Cartographie et souveraineté à l’ère du satellite et des réseaux numériques

  • Henri Desbois, maître de conférence en géographie, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Laboratoire GECKO, « Équipe Réseaux, Savoirs et Territoires »

11h55 – Table ronde. Gouvernance et société civile
Animée par Valérie Schafer, chargée de recherche à l’Institut des sciences de la communication du CNRS

  • L’internet : de la Déclaration d’indépendance du cyberespace à l’introuvable gouvernance mondiale
    Françoise Massit-Folléa, chercheur-consultant, FMSH, Paris
  • Les nouvelles frontières que dessinent les acteurs de la gouvernance de l’internet
    Hervé Le Crosnier, enseignant-chercheur, délégué auprès de l’ISCC
    Ai Weiwei, artiste et cyberdissident chinois
    Séverine Arsène, docteur en science politique et ATER à l’Université Lille 3

12h50 – Perspectives et nouveaux enjeux internationaux de la régulation de l’Internet

  • Bernard Benhamou, délégué aux usages de l’Internet au ministère de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur

APRÈS-MIDI

Internet, interface et passerelle

14h30 – Présentation de l’après-midi
Valérie Schafer et Mélanie Dulong de Rosnay (ISCC)

14h40 – Entre l’écran et la chaise : les frontières de la communication homme-machine grand public

  • Benjamin Thierry, PRCE à l’Université Paris-Sorbonne, doctorant au Centre de recherche en histoire de l’innovation

15h00 – Aux marges du réseau : le P2P et les services Internet

  • Francesca Musiani, attachée de recherche et doctorante, CSI MINES ParisTech

15h20 – Table ronde. Internet et Médiation culturelle
Animée par Fanny Georges, post-doctorante à Télécom ParisTech

  • Jouer avec les frontières cognitives, technologiques et psychologiques
    Dominique Stutzmann, chargé de recherche au CNRS
  • Reconfigurations des médiations et des productions dans certaines pratiques créatives sur Internet
    Brigitte Chapelain, maître de conférences en SIC à l’Université Paris 13, Laboratoire communication et politique (LCP)
  • Médiation et organisation
    Jean-Luc Bouillon, maître de conférences en SIC à l’Université de Versailles-Saint-Quentin

16h40 – Frontières et intermédiation des savoirs

  • Morgan Meyer, postdoctorant à Mines ParisTech

17h00 – Table ronde. Partage des savoirs
Animée par Benoit Le Blanc, maître de conférences en informatique à l’Institut polytechnique de Bordeaux, chargé de mission à l’Institut des sciences de la communication du CNRS

  • Détecter les frontières dans le domaine biomédical et les dépasser
    Natalia Grabar, chargée de recherche, STL CNRS UMR 8163, Université Lille 3
  • Mise en évidence automatique de frontières dans les grandes masses de données du Web et des bases d’informations : questions scientifiques et de société
    Alain Lelu, enseignant-chercheur en sciences de l’information, délégué auprès de l’ISCC
  • Accès à la connaissance et agenda pour le développement : la propriété intellectuelle vue par les pays du Sud et la société civile
    Mélanie Dulong de Rosnay, chargée de recherche à l’Institut des sciences de la communication du CNRS
  • De l’amateur à l’expert, remise en cause des frontières de la connaissance sur le Web collaboratif
    Lionel Barbe, maître de conférence à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense

18h00 – Les frontières de l’identité numérique : le ménagement de l’interface

  • Alexandre Coutant, maître de conférences à l’Université de Franche-Comté, laboratoire LASELDI, chercheur associé à l’ISCC et Thomas Stenger, maitre de conférences à l’université de Poitiers, IAE, laboratoire CEREGE (EA 1722), chercheur associé à l’ISCC.

18h20 – Conclusion
Valérie Schafer et Mélanie Dulong de Rosnay (ISCC)

Programme (pdf)

Informations pratiques

Pour assister à cette journée d’étude, vous pouvez vous inscrire auprès de Valérie Schafer ou Mélanie Dulong de Rosnay.

Lundi 20 juin 2011, 9h30 à 18h

Maison des sciences de la communication
20 rue Berbier-du-Mets
75013 Paris
Métro 7 Les Gobelins

Compte rendu par Valérie Schafer

Autour de la thématique Internet et Frontières, cette journée, organisée par le groupe Gouvernance et usages de l’Internet de l’ISCC, avait une vocation interdisciplinaire et invitait à penser les frontières à plusieurs échelles (du micro à macro), de l’individu à la société, afin d’analyser les infrastructures et les contenus en termes de ruptures et de continuité, de glissement, de déplacement plus que de révolution, même si la radicalité du phénomène a aussi été interrogée.

La matinée a été l’occasion d’éclairer la Géopolitique de l’Internet, l’après-midi « les autres frontières », celles de l’identité, de la connaissance, de la communication, qui questionnent la place d’Internet comme interface et passerelle. Internet abolisseur ou/et créateur de frontières, Internet à la rencontre des territoires matériels, virtuels et intellectuels : « le réseau des réseaux » produit-il et révèle-t-il un autre partage du monde en cours ?

La journée a été ouverte par Dominique Wolton, directeur de l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC). Son intervention « Communication et frontières » a invité à penser « loin et de manière large » la question de l’internet et celle de la technique. Penser le changement technique de manière internaliste et à partir de la technique elle-même ne peut suffire. Dominique Wolton a souligné la nécessité d’une pensée critique, attirant l’attention sur plusieurs problématiques centrales, notamment la question de la circulation de l’information et sa typologie, ou encore comment préserver une économie de la connaissance qui ne soit pas marchande. Il a en outre abordé la question de la régulation et des phénomènes de concentration au sein de l’écosystème Internet, celle du comparatisme, de la nouvelle frontière et de l’anthropomorphisation de la technique. Les relations public/privé, les rapports hommes/machines, la question de l’altérité, celles de la communication et de la connaissance (comment passer de l’accumulation d’informations à la connaissance ?) ont permis de poser des cadres de réflexion pour la journée.

Jacques Perriault, professeur émérite de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Conseiller à l’ISCC, a ouvert la session Géopolitique de l’Internet. Son intervention a mis en particulier trois points en valeur : les frontières entre Internet et les sociétés, l’Internet comme créateur de frontières, enfin les murs et frontières fermés. Il a insisté sur la nécessité à l’heure de la « dématérialisation », de penser aussi les infrastructures et bases matérielles de l’internet, de ne pas négliger la volonté de clôtures qui traverse certaines sociétés, de réfléchir en termes de porosité, de ne pas s’arrêter à un discours trop général sur la mondialisation.

La table ronde Sécurité et cyberconflits, animée par Léonard Laborie, chargé de recherche au CNRS, UMR 8138, Laboratoire IRICE, a permis, à travers les interventions de Stéphane Dossé, lieutenant-colonel de l’arme des Transmissions, Enseignement militaire supérieur scientifique et technique (EMSST), « Le combat cyberélectronique : des débuts au commandement du cyber américain » et de François-Bernard Huyghe, chercheur à l’Iris, « Les frontières des cyberconflits », de réfléchir aux réalités de la terminologie employée : cyberguerre, cyberconflit, cyberattaque. Stéphane Dossé a replacé la question du cybercombat dans une histoire militaire longue, proposant une réflexion stimulante sur les ruptures et continuités dans les menaces et stratégies utilisées et une typologie. À travers la question des attaques de prédation, substitution et contagion, des auteurs de ces attaques, de la réticularité et de la ponctualité des attaques, François-Bernard Huyghe a proposé des pistes de réflexion sur les changements induits par l’internet, qu’il invite à penser en termes d’atopie, d’asynchronie, d’anonymat, d’asymétrie… Michel Arnaud, professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, dans « Les risques du Web » a montré que les questions géopolitiques ne se cantonnaient pas à la question du militaire et de la sécurité et abordé des enjeux majeurs que sont la traçabilité, la fragmentation de l’internet et la reconstitution de communautés, notamment.

Dans « Cartographie et souveraineté à l’ère du satellite et des réseaux numériques », le géographe Henri Desbois, maître de conférences en géographie, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Laboratoire GECKO, Équipe Réseaux, Savoirs & Territoires, a mis en valeur la dimension symbolique des frontières, la carte comme outil de gouvernement, et a interrogé les changements provoqués par l’internet, en prenant notamment les exemples du programme Corona et de Google Street View. Son exposé et sa conclusion ont clairement montré que l’internet transforme, dans son cas d’étude, moins la souveraineté concrète des états que nos imaginaires géographiques.

C’est aussi du rôle des États dont il a été question dans l’intervention de Bernard Benhamou, délégué aux usages de l’Internet, sur les « Perspectives et nouveaux enjeux internationaux de la régulation de l’Internet ». La question de la régulation, celle de la place de l’Europe dans le secteur de l’internet et plus précisément des services, les phénomènes de fusion/acquisition, le développement des mobiles ou la gouvernance ont permis d’offrir un aperçu des enjeux et défis à venir et d’ouvrir une réflexion sur les atouts européens.

La seconde table ronde de la matinée, Gouvernance et société civile, animée par Valérie Schafer, chargée de recherche à l’Institut des sciences de la communication du CNRS, a permis à Françoise Massit-Folléa, chercheur-consultant, FMSH, de nous proposer une périodisation de la notion et de la réalité de la gouvernance, invitant à penser ses évolutions autour de tournants tel celui de 1998 (fondation de l’ICANN) ou 2003-2005 (Sommet mondial de la société de l’information), dans son exposé intitulé « L’internet : de la Déclaration d’indépendance du cyberespace à l’introuvable gouvernance mondiale ». Du temps des pionniers à la recherche du multi-stakeholderism et de la place de la société civile mondiale comme partie prenante des débats, elle a posé des cadres et notions solides. Elle a abordé dans une seconde partie les critiques à l’égard de la gouvernance telle qu’elle est pratiquée (rôle des Etats, notamment le GAC à l’ICANN, liens entre l’ICANN et le Department of Commerce, question du statut de l’internet pour lequel elle propose la notion de « semi-commun », reconnaissance du pluralisme normatif…), sur lesquelles Hervé le Crosnier, enseignant-chercheur, délégué auprès de l’ISCC, est revenu dans « Les nouvelles frontières que dessinent les acteurs de la gouvernance de l’internet ». À travers des études de cas précises, celle du nommage et notamment de la création du .XXX ou encore celle de la neutralité de l’internet il a souligné des enjeux de colonisation et marchandisation spéculative au sein des acteurs de l’internet, posé la question du rôle des autorités de régulation, du multi-partenariat ou encore de la lutte entre standards de fait et standards adoptés au sein des organes de gouvernance tel le W3C pour le Web. Enfin Séverine Arsène, docteur en science politique et ATER à l’Université Lille 3, à travers sa présentation d’ « Ai Weiwei, artiste et cyberdissident chinois » a éclairé la question chinoise, à travers le portrait d’un homme saisi dans ses dimensions humaines, artistiques et militantes, et son parcours depuis son départ aux États-Unis en 1979 jusqu’à son emprisonnement en début d’année 2011.

L’après-midi était consacrée à d’autres frontières, plus ténues, à travers la thématique d’internet, interface et passerelle. Ce sont d’interfaces très concrètes qu’il était question dans l’exposé « Entre l’écran et la chaise : les frontières de la communication homme-machine grand public » de Benjamin Thierry, PRCE à l’Université Paris-Sorbonne, doctorant au Centre de recherche en histoire de l’innovation. Du temps des utilisateurs-concepteurs, au début de l’informatique et de l’internet, au Web 2.0, en passant par l’évocation du système CAUTRA pour l’aviation et des travaux du PARC (Palo Alto Research Center), il a montré en quoi l’histoire des interfaces et des interactions hommes/machines éclaire les enjeux présents et pondère les discours sur les nouveaux usages, les usages grand public restant largement normés par les interfaces et l’interactivité ne menant pas forcément à l’interaction. Dans « Aux marges du réseau : le P2P et les services Internet », Francesca Musiani, attachée de recherche et doctorante, CSI MINES ParisTech, a abordé la question du P2P. Les échanges pair-à-pair permettent à chaque ordinateur d’un système d’être alternativement client et serveur. Depuis que la naissance de Napster les a fait connaître du grand public en 1999, les réseaux P2P ont été associés au téléchargement illégal. Cependant, dépassant les limites de l’argument qui consiste à assimiler P2P et piratage, Francesca Musiani a montré comment le regard porté sur le P2P est une construction technique, historique, sociale, économique et comment certaines recherches voient dans ce modèle P2P une alternative aux problèmes de répartition de la bande passante, d’équilibre du trafic, d’efficacité de distribution.

La table ronde Internet et Médiation culturelle, animée par Fanny Georges, postdoctorante à Télécom ParisTech, a permis à Dominique Stutzmann, chargé de recherche au CNRS, de proposer une réflexion à partir de son expérience professionnelle antérieure à la BNF, sur la question des bibliothèques numériques et la nécessité de comprendre, prendre en compte et « Jouer avec les frontières cognitives, technologiques et psychologiques ». À travers la question de l’acceptation, de l’intégration, plus ou moins consciente de normes et d’échelles de valeurs par les internautes, le rapport entre la bibliothèque numérique et ses usagers, il a souligné le poids des dimensions idéologiques, des rationalités des acteurs, des injonctions paradoxales et des frontières symboliques, qui demandent à être saisies. Dans « Médiation et organisation », Jean-Luc Bouillon, maître de conférences en SIC à l’université de Versailles-Saint-Quentin, a traité du rapport entre TIC et médiation sous l’angle des organisations, des entreprises, à travers la question de la convergence institutionnelle, des tensions qui traversent l’organisation, de la volonté à la fois de rationalisation et de reconstitution d’un collectif, deux ambitions qu’il a éclairées en s’appuyant sur des exemples d’initiatives dans le domaine des réseaux d’entreprises, à usages internes et externes. Enfin, Brigitte Chapelain, maître de conférence en SIC à l’Université Paris 13, Laboratoire Communication et Politique (LCP), a montré en quoi l’internet réinterroge la création à deux niveaux, réinterrogeant l’existant (re-médiation) et créant des pratiques inédites. À partir d’exemples tels ceux des fanfictions ou des machinimas, elle a montré le déplacement des frontières du genre et des auteurs dans son exposé « Reconfigurations des médiations et des productions dans certaines pratiques créatives sur Internet ».

L’intervention de Morgan Meyer, postdoctorant à Mines-ParisTech, « Frontières et intermédiation des savoirs », a permis de faire la passerelle entre la table ronde précédente et celle sur le Partage des savoirs, animée par Benoit Le Blanc, maître de conférences en Informatique à l’Institut Polytechnique de Bordeaux, chargé de mission à l’Institut des sciences de la communication du CNRS. À travers la question de la « biologie de garage » notamment, Morgan Meyer a invité à penser les objets-frontières et « comment travailler aux frontières ? ». Il a également abordé le cas des musées et la question médicale, développée ensuite par Natalia Grabar, chargée de recherche, STL CNRS UMR8163, Université Lille 3, dans « Détecter les frontières dans le domaine biomédical et les dépasser ». Natalia Grabar s’est appliquée à analyser les différentes frontières palpables sur les sites dédiées aux questions biomédicales, de la frontière des langues à celle de la qualité des informations ou encore de la protection des données personnelles. Son expérience professionnelle a permis qu’elle présente des voies de remédiation actuelles ou en cours de développement, tels les labels de qualité ou l’utilisation du Web sémantique. C’est également en mêlant expérience et réflexion théorique qu’Alain Lelu, enseignant-chercheur en sciences de l’information, délégué auprès de l’ISCC, a abordé la « Mise en évidence automatique de frontières dans les grandes masses de données du Web et bases d’informations : questions scientifiques et de société ». À travers le cas de la classification automatique, de la fouille des données, de la modélisation de processus massivement multi-agents, il a posé la question du choix des descripteurs, des dérives possibles ou encore la manière d’appréhender les phénomènes dynamiques. Mélanie Dulong de Rosnay, chargée de recherche à l’Institut des sciences de la communication du CNRS et co-organisatrice de la journée, dans « Accès à la connaissance et agenda pour le développement : la propriété intellectuelle vue par les pays du Sud et la société civile » a proposé d’observer l’évolution de la propriété intellectuelle avec les apports des pays du Sud, en partant de l’agenda pour le développement de l’OMPI et du mouvement pour l’accès à la connaissance, permettant de repenser les exceptions et limitations aux droits exclusifs sous un angle plus équilibré. Enfin, Lionel Barbe, maître de conférences à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, a proposé dans « De l’amateur à l’expert, remise en cause des frontières de la connaissance sur le Web collaboratif », une réflexion stimulante sur les logiques d’apprentissage et le Web collaboratif, en s’appuyant en particulier sur le cas de Wikipedia. Les frontières entre amateur et expert, mais celles aussi entre fond et forme, les questions des niches culturelles, celle de la nature de la science, de l’évaluation, de l’universalisme ou de la confusion de genres ont notamment alimenté son exposé. Enfin la journée s’est achevée sur l’intervention de Alexandre Coutant, maître de conférences à l’université de Franche-Comté, laboratoire LASELDI, associé à l’ISCC et Thomas Stenger, maitre de conférences à l’université de Poitiers, IAE, laboratoire CEREGE (EA 1722), chercheur associé à l’ISCC : « Les frontières de l’identité numérique : le ménagement de l’interface ». Ayant animé à l’ISCC un séminaire sur les identités numériques au cours de l’année universitaire 2010/2011 et coordonné un numéro de la Revue Hermès (n° 59, avril 2011, Ces réseaux numériques dits sociaux), leur intervention a permis de dégager des pistes nées de ces échanges collectifs, mais aussi des thèmes de recherches nouveaux sur les identités numériques : les questions de confiance, d’usurpation et d’identités certifiées, celle de la gestion des attributs identitaires, celle plus connue de l’extimité ou celle de l’endogamie sur les réseaux socio-numériques ont été abordées.

Mélanie Dulong de Rosnay et Valérie Schafer remercient encore tous les intervenants qui ont contribué au succès de cette journée d’étude, qui a pleinement rempli sa mission d’interdisciplinarité et de prospective sur la thématique Internet et Frontières, ainsi que les participants, auditeurs, qui par leurs questions ont aussi fourni des éléments de réflexion.