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Ce numéro, coordonné par Thomas Stenger et Alexandre Coutant, est disponible en librairie à partir du 28 avril 2011 et en ligne auprès de CNRS Éditions.

Facebook, MySpace, Twitter, YouTube, Copains d’avant, Viadeo... Deux tiers des internautes seraient déjà séduits par la nébuleuse « médias sociaux ». Le Web participatif, qui recouvre des dispositifs et des usages fort différents, captive décideurs et commentateurs.
En consacrant ce numéro aux « réseaux socionumériques », derniers nés de ces dispositifs, Hermès prolonge et approfondit la critique du numérique menée par la revue et l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC).
Chercheurs de divers horizons disciplinaires et professionnels du Web interrogent le phénomène, en procédant non seulement à une analyse des diverses appellations, souvent trompeuses, mais aussi en replaçant ces sites dans l’histoire des réseaux de communication. Les articles mettent en lumière la reproduction d’activités sociales et l’essor de nouvelles formes de relations. Ils soulignent aussi les compétences requises et les risques associés au développement massif des réseaux socionumériques.
Les formes de lien social et de communication, la visibilité de la vie quotidienne, l’effacement des frontières publiques et privées (caractéristiques de ces dispositifs) sont mises en perspective. Une ouverture internationale permet de mieux comprendre la variété des « arts de faire » avec ces plateformes numériques, aussi bien du côté des particuliers que des entreprises. Car il faut bien apprécier les finalités multiples et les stratégies complexes de ces sites, tantôt amis, tantôt faux amis.
Thomas Stenger et Alexandre Coutant
Introduction
I. RÉSEAUX SOCIAUX OU RÉSEAUX SOCIONUMÉRIQUES
Nicole Ellison
Réseaux sociaux, numérique et capital social (entretien)
Franck Rebillard
Du Web 2.0 au Web2 : fortunes et infortunes des discours d’accompagnement des réseaux socionumériques
Pierre-Jean Benghozi
Économie numérique et industries de contenu : un nouveau paradigme pour les réseaux
Alain Degenne
Retour à l’analyse des réseaux sociaux (entretien)
Emmanuel Lazega et Élise Penalva Icher
Réseaux sociaux et coopération entre concurrents
II. LA VISIBILITÉ DU QUOTIDIEN
Alexandre Coutant
Des techniques de soi ambivalentes
Dieudonné Tchuente, Nadine Baptiste-Jessel et Marie-Francoise Canut
Accès à l’information dans les réseaux socionumériques
Mélanie Dulong de Rosnay
Réappropriation des données et droit à la rediffusion (encadré)
Olivier Le Deuff
Éducation et réseaux socionumériques : des environnements qui nécessitent une formation
Geneviève Jacquinot-Delaunay
« On ne naît pas internaute, on le devient... » (encadré)
Olivier Rampnoux et Valérie-Inés de La Ville
À quel jeu joues-tu sur Facebook ?
Yves Gingras
Liberté des réseaux socionumériques, contrainte des chercheurs (encadré)
III. À LA POURSUITE DU LIEN SOCIAL
Sonia Livingstone, Giovanna Mascheroni et Maria Francesca Murru
Utilisation des réseaux socionumériques par les jeunes européens
Fabien Granjon
Amitiés 2.0. Le lien social sur les sites de réseaux sociaux
Serge Proulx et Mary Jane Kwok Choon
L’usage des réseaux socionumériques : une intériorisation douce et progressive du contrôle social
Brigitte Munier
Du Kula à Facebook : le poids du prestige
Alain Kiyindou
Réseaux socionumériques et solidarité
Groupe de réflexion de l’ISCC sur l’Homme augmenté
Homme en réseau, homme augmenté (encadré)
IV. L’INSTRUMENTALISATION DES RÉSEAUX SOCIONUMÉRIQUES
Thomas Stenger
La prescription de l’action collective
François Heinderyckx
Obama 2008 : l’inflexion numérique (encadré)
Marc Bassoni et Félix Weygand
Les enjeux économiques de la géolocalisation pour les réseaux sociaux numériques
Olivier Fécherolle
Viadeo : réseaux sociaux et networking (entretien)
Olivier Desbiey
La veille technologique à l’ère des médias sociaux. Le cas Twitter (encadré)
Éric Sautedé
Les réseaux sociaux numériques en Chine : une constellation de petits mondes
Mokhtar Ben Henda
Internet dans la révolution tunisienne (encadré)
Myriam Raymond
Chabab el Facebook : the Face of Egypt ! (encadré)
Jacques Perriault
Ingénierie de la connaissance, industrie de la connaissance (encadré)
VARIA
Nicolas Oliveri
La cyberdépendance : un objet pour les sciences de l’information et de la communication
Marc Parmentier
Philosophie des sites de rencontres
Juremir Machado da Silva
La télévision et Internet dans les élections brésiliennes de 2010
HOMMAGE
Mohammed Arkoun (1928-2010)
(par Mohamed Nachi)
Claude Lefort (1924-2010)
(par Edgar Morin)
Jean Meyriat (1921-2010)
(par Anne-Marie Laulan)
LECTURES
Alain AMBROSI (dir.), Sciences & Démocratie, Caen, C&F Éditions, 2010
(par Valérie Schafer)
Dominique CARDON et Fabien GRANJON, Médiactivistes, Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Contester », 2010
(par Aurélie Aubert)
Jamil DAKHLIA, Mythologie de la peopolisation, Paris, Le Cavalier bleu, 2010
(par Brigitte Munier)
The Social Network de David FINCHER, 2010
(par Pascal Dayez-Burgeon)
Franck FROMMER, La Pensée Powerpoint. Enquête sur ce logiciel qui rend stupide, Paris, La Découverte, 2010
(par Benjamin Thierry)
Edgar MORIN, La Voie. Pour l’avenir de l’humanité, Paris, Fayard, coll. « Essais », 2011
(par Jacques Perriault)
Thierry PAQUOT, L’Espace public, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2009
(par Éric Dacheux)
Benoît PEETERS, Derrida, Paris, Flammarion, 2010
(par Thierry Paquot)
RÉSUMÉS – ABSTRACTS
LES AUTEURS DE HERMÈS 59
OUVRAGES REÇUS
Franck REBILLARD
Du Web 2.0 au Web2 : fortunes et infortunes des discours d’accompagnement des réseaux socionumériques
Lancées à quelques années d’intervalle, les formules Web 2.0 et Web2 ont connu des fortunes diverses. La première, exaltant la participation des internautes, a reçu un accueil extrêmement favorable. La seconde, appelant précisément à tirer profit des traces de cette participation, notamment via les réseaux socionumériques, n’a pas suscité pareil engouement. Un tel contraste est d’abord analysé à partir de deux textes de promotion du Web 2.0 et du Web2, écrits ou co-écrits par un auteur influent (Tim O’Reilly). Ils sont ensuite mis en regard avec les discours du principal acteur international en matière de réseaux socionumériques (Facebook) : l’argument d’une amélioration des services
rendus aux utilisateurs, comme contrepartie de l’exploitation des données livrées par les internautes, est en particulier examiné. L’idéologie d’un partage entre internautes apparaît au final reformulée dans une vision plus pragmatique et
partiale des opportunités procurées par l’interconnexion des données.
Mots-clés : Internet, réseaux socionumériques, Web 2.0, Web2, discours, Facebook.
Pierre-Jean BENGHOZI
Économie numérique et industries de contenu : un nouveau paradigme pour les réseaux
Par leur grande diversité, les industries de contenus marquent, avec Internet, la mobilisation de communautés et réseaux socionumériques au service de nouveaux paradigmes économiques. Ce phénomène central opère simultanément
sur plusieurs registres. Il modifie les modes de conception et de développement des biens et services, il transforme la place et les pratiques des utilisateurs, il redéfinit les modèles d’affaires, les formes de commercialisation, les organisations comme les marchés sous-jacents. Les réseaux socionumériques dans les industries culturelles apparaissent ainsi comme le laboratoire d’expérimentation de nouvelles formes d’organisation, de travail et de marché.
Mots-clés : industries créatives, industries culturelles, Business models, économie numérique.
Emmanuel LAZEGA et Élise PENALVA ICHER
Réseaux sociaux et coopération entre concurrents
Cet article met en perspective sociologique la croissance de l’utilisation des réseaux socionumériques et propose une approche néo-structurale pour l’analyse des profils des utilisateurs. Il insiste notamment sur les comparaisons sociales et les jeux de statut comme l’une des dimensions de la rationalisation contemporaine de la gestion des interdépendances dans ces réseaux socionumériques. Cette rationalisation est mise en relation avec la flexibilisation des marchés du travail et l’affaiblissement des solidarités universalistes. L’analyse sociologique des réseaux met en évidence le travail relationnel et symbolique des acteurs qui cherchent à gérer ainsi leur capital relationnel, une rationalité sociale qui les guide, les rouages relationnels d’une discipline sociale complexe qui leur permet de se coordonner, qu’ils considèrent comme légitime et qui constitue aussi une composante du capital social du collectif. On suggère enfin que les avancées de la recherche sur les réseaux sociaux et organisationnels peuvent être mises à profit pour identifier les formes de discipline sociale qui émergent de ces nouvelles pratiques de construction d’une présence en ligne.
Mot-clés : analyse de réseaux sociaux, cercles sociaux, concurrence de statut, profils relationnels numériques, structures relationnelles.
Alexandre COUTANT
Des techniques de soi ambivalentes
Les réseaux socionumériques constituent des supports identitaires ambivalents pour leurs utilisateurs. À de nombreux égards, ils entretiennent des proximités avec les techniques de soi développées depuis l’Antiquité dans la société occidentale. Cette similarité explique certainement leur adoption si enthousiaste. Cependant, ces plateformes possèdent des caractéristiques particulières qui les éloignent des objectifs usuels des techniques de soi, destinées au développement de l’autoréflexivité et au soin de soi. Elles constituent davantage des outils d’expression de soi que des techniques de soi. Leur compréhension nécessite aussi de sortir d’une vision égocentrée de l’individu pour envisager la dimension fondamentalement co-construite de notre identité.
Mots-clés : réseaux socionumériques, identité numérique, technique de soi, expression de soi, visibilité, invention de soi.
Dieudonné TCHUENTE, Nadine BAPTISTE-JESSEL et Marie-Françoise CANUT
Accès à l’information dans les réseaux socionumériques
L’analyse des réseaux sociaux est menée dans le domaine des sciences sociales depuis les années 1930. Le premier enjeu pour réaliser ces analyses se situe dans la collecte de l’information sur la structure de ces réseaux et sur leurs activités. Avec l’avènement du Web 2.0 et des technologies du Web sémantique, plusieurs mécanismes de collecte d’information sont désormais envisageables. Cependant, très peu d’utilisateurs sont conscients des facilités d’atteinte et de manipulation de leurs traces d’activités et de leurs données personnelles de plus en plus rendus publics sur les réseaux socionumériques en particulier. Dans cet article, nous étudions les différentes approches permettant l’accès aux données dans les réseaux socionumériques, en nous intéressant − dans le cas précis de Facebook − à la qualité et la quantité de l’information accessible, et par conséquent, aux risques potentiels d’atteinte et de manipulation des données personnelles des utilisateurs par des tiers. Une expérimentation menée via l’API Facebook (sur 7 081 profils) démontre l’accessibilité à un nombre important d’informations pouvant permettre de reconstruire automatiquement le réseau réel d’un utilisateur à partir de son profil.
Mots-clés : réseaux socionumériques, accès à l’information, API Facebook, vie privée, Web 2.0.
Olivier LE DEUFF
Éducation et réseaux socionumériques : des environnements qui nécessitent une formation
Nous exposons dans cet article les différentes interrogations posées par les réseaux socionumériques au sein de dispositifs de formation. Nous tentons de montrer qu’il est envisageable de repenser leur intégration au sein des systèmes éducatifs notamment pour montrer autant leur potentiels que leurs dangers. Nous montrons également les intérêts d’autres types de réseaux comme les plateformes de signets sociaux et les réseaux numériques thématiques comme ceux des loisirs créatifs pour envisager de nouvelles méthodes de formation.
Mots-clés : réseaux socionumériques, réseaux sociaux thématiques, formation, éducation aux réseaux sociaux, réseaux de loisirs créatifs, signets sociaux.
Olivier RAMPNOUX et Valérie-Inés DE LA VILLE
À quel jeu joues-tu sur Facebook ?
Cet article interroge l’originalité ludique du dispositif sociotechnique conçu par les réseaux socionumériques autour du profil pour organiser les différentes activités en ligne. Alors que les jeux constituent une des activités les plus prisées par les membres du réseau à laquelle ils consacrent un temps important, peu de recherches se sont focalisées sur l’analyse des activités ludiques sur les réseaux socionumériques. Par l’application de cadres conceptuels éprouvés pour analyser les jeux et activités ludiques, il est possible d’interroger la spécificité des modalités de jeux qui sont proposées sur les réseaux socionumériques. Une analyse centrée sur les fonctionnalités offertes par Facebook conduit à interroger
de façon critique la nature même de l’activité ludique menée dans le contexte particulier des réseaux socionumériques.
Mots-clés : pratiques ludiques, marketing expérientiel, digital play, fun, réseaux socionumériques.
Sonia LIVINGSTONE, Giovanna MASCHERONI et Maria Francesca MURRU
Utilisation des réseaux socionumériques par les jeunes européens. Nouveaux résultats sur la vie privée, l’identité et les connexions sociales
L’utilisation des réseaux socionumériques est sans doute l’activité en ligne qui enregistre actuellement la croissance la plus rapide parmi les jeunes. Cet article présente de nouvelles conclusions pan-européennes du projet EU Kids Online sur la façon dont les enfants et les jeunes exploitent les possibilités des réseaux peer-to-peer offertes par les réseaux socionumériques, en se basant sur une enquête menée auprès d’environ 25 000 jeunes (1 000 enfants de chacun des 25 pays de l’Union européenne). Globalement, 59 % des jeunes internautes européens âgés de 9 à 16 ans disposent de leur propre profil sur un site de réseau social. Malgré des craintes, couramment exprimées, de voir la vie des jeunes entièrement exposée en public, la moitié ont moins de cinquante contacts, la plupart des contacts sont des personnes que l’enfant connaît déjà personnellement, et plus de deux tiers ont des profils privés ou partiellement
privés. L’objectif de l’analyse est donc de comprendre quand et pourquoi certains enfants cherchent à élargir leurs cercles de contacts en ligne, et pourquoi certains préfèrent dévoiler leur intimité plutôt que protéger leur vie privée. L’étude montre que les différences démographiques entre les enfants, les facteurs culturels dans les différents pays, et les affordances spécifiques des réseaux socionumériques ont tous une influence sur l’élaboration des pratiques en ligne des enfants en matière de vie privée, d’identité et de connexions sociales.
Mots-clés : réseaux socionumériques, enfants et jeunes, vie privée, identité, risque, connexions sociales.
Fabien GRANJON
Amitiés 2.0. Le lien social sur les sites de réseaux sociaux
Dès les premières études sur les usages sociaux des dispositifs télématiques, l’un des chemins empruntés par la recherche fut celui de l’analyse des nouvelles modalités de lien social. Aujourd’hui, le succès des sites de réseaux sociaux relance cet intérêt. La possibilité de constitution de cercles relationnels étendus dont les membres peuvent potentiellement appartenir à des espaces sociaux éloignés des milieux de sociabilité ordinaires a notamment conduit à ce que se développent des recherches portant sur la constitution de ces réseaux d’« Amis », leur morphologie sociale, leur structure topographique ou, plus rarement, sur les motivations et le sens social de ces engagements numériques de soi couplés à des mobilisations d’autrui. S’intéressant au rôle que joue l’informatique connectée dans la construction du lien social, la recherche anglo-saxonne a notamment privilégié des approches s’inspirant des théories du capital social. Cet article rend compte des principaux résultats de ces études et souligne certaines de leurs limites. Quelques pistes de travail qui permettent d’aborder la question du lien social sur les sites de réseaux sociaux depuis des perspectives plus critiques sont également envisagées.
Mots-clés : amitié, capital social, lien social, reconnaissance, sites de réseaux sociaux, Web 2.0.
Serge PROULX et Mary Jane KWOK CHOON
L’usage des réseaux socionumériques : une intériorisation douce et progressive du contrôle social
Nous formulons et illustrons l’hypothèse que les sites de réseaux socionumériques constituent un mécanisme emblématique de la « société de contrôle » prophétisée par Gilles Deleuze. Au centre de ce dispositif, se retrouve en effet un double mouvement contradictoire : d’une part, le processus de captation capitalistique des informations déposées par les usagers contributeurs − nous pourrions décrire ce premier mouvement comme étant celui d’une surveillance institutionnelle se réalisant par le contrôle centralisé de l’information ; d’autre part, et de manière surprenante, l’on constate un consentement − voire même parfois, un désir − exprimée par de nombreux usagers d’exposer publiquement des informations et des images concernant leur vie personnelle, et cela malgré les risques (éthiques et professionnels) qui se rattachent à de telles opérations de dévoilement. Ce second mouvement apparaît être le mécanisme central du processus d’intériorisation douce du contrôle social par des usagers pratiquant une forme de « servitude volontaire » rattachée aux besoins du capitalisme informationnel, c’est-à-dire un système dont la production de la valeur économique est fondée sur l’agrégation en bases de données gigantesques et monétisables, des informations (souvent minimes à l’échelle individuelle) déposées sur les sites selon une logique du grand nombre (crowdsourcing).
Mots-clés : réseaux socionumériques, contrôle social, captation capitalistique, surveillance institutionnelle, données, intériorisation du contrôle, résistance, traces numériques.
Brigitte MUNIER
Du Kula à Facebook, le poids du prestige
Rapprocher Facebook du Kula mélanésien, un système archaïque d’échanges intertribaux décrit par Marcel Mauss, permet de souligner la capacité de la plateforme phare du Web 2.0 à répondre à des besoins socioculturels anthropologiquement attestés. Tous deux obéissent à une contrainte implicite de réciprocité qui, au-delà du contenu matériel des échanges, possède une fonction symbolique : les interactions mises en œuvre et la recherche de partenaires traduisent une quête de prestige, de mana selon le fameux terme chinook. Le Kula et les murs de Facebook offrent une immense vitrine où chacun valorise son mana et scrute celui d’autrui tout en cherchant de nouveaux partenaires. Mobiliser le Kula tel un modèle de Simmel – un schème d’intelligibilité – indique l’ancienneté de ces traits culturels : la combinaison des dimensions matérielle
et symbolique dans les échanges entre pairs et, en l’absence d’instance régulatrice, le risque lié à l’emballement de ce processus inévitablement concurrentiel.
Mots-clés : Facebook, Kula, modèle, mana, anthropologie.
Alain KIYINDOU
Réseaux socionumériques et solidarité
Cet article questionne les usages des réseaux sociaux, décèle les signes et expression d’actes solidaires ou de partage. Il s’agira donc d’observer ce qui se donne à voir sur des réseaux socionumériques considérés comme nouveaux
et émergents dans une diaspora « reconnue » par son caractère solidaire. Cette réflexion s’appuie sur des données issues d’une enquête en ligne, réalisée sur la base d’un questionnaire, auprès d’internautes de la diaspora. En effet, la question de la diaspora est nécessairement liée à celle de la solidarité dans la mesure où elle implique une recherche d’amélioration des conditions de vie du pays ou de la région d’origine. Quant à la solidarité, elle est indissociable de la réflexion sur le lien social dans la mesure où ce dernier traduit tout ce qui maintient, entretient une solidarité entre les membres d’une même communauté.
Mot-clés : solidarité, réseaux socionumériques, diaspora, lien social.
Thomas STENGER
La prescription de l’action collective : double stratégie d’exploitation de la participation sur les réseaux socionumériques
Les sites de réseaux socionumériques, Facebook en premier chef, ont développé une véritable stratégie d’exploitation de la participation, originale et sophistiquée. Elle consiste à instrumentaliser chaque utilisateur de la plateforme en le plaçant en situation de prescripteur ordinaire auprès de son propre réseau socionumérique. Par le biais d’applications spécifiques et d’une structure sociale particulière, il est converti en relais prescriptif. Dans ce système de prescription généralisée, au moins deux finalités peuvent être identifiées : la prescription de la consommation et des marques dans une logique marketing, et la prescription de l’action collective sur les réseaux socionumériques.
Mots-clés : réseaux socionumériques, prescription, prescripteur, action collective, participation, Facebook.
Marc BASSONI et Félix WEYGAND
Les enjeux économiques de la géolocalisation pour les réseaux sociaux numériques
Depuis quelques années, les réseaux sociaux numériques et les usages qu’ils nourrissent ont pris une place significative au sein de la galaxie Internet. Parmi ces réseaux, ceux qui pratiquent la gratuité pour les utilisateurs finaux n’ont
pas encore stabilisé leur modèle économique et ce, malgré les audiences dont ils bénéficient (Facebook, par exemple). Pour ces réseaux, le défi est désormais de convertir leur succès d’estime en espèces sonnantes et trébuchantes ; en d’autres termes, de mettre leurs capacités de ciblage et de filtrage des internautes, et des communautés que ces derniers forment, au service d’annonceurs solvables. Comme le montre l’exemple d’aka’aki, réseau social géolocalisé sur l’Internet mobile, la voie est étroite et le succès non encore garanti. La défiance croissante des internautes à l’endroit de la « marchandisation » des données privées constitue la limite principale du « business model » en gestation.
Mots-clés : marché multiversant, externalités de réseau, réseaux sociaux numériques, géolocalisation.
Éric SAUTEDÉ
Les réseaux sociaux numériques en Chine : une constellation de petits mondes
Les réseaux sociaux numériques ont connu en Chine un engouement massif, et cela dès leur introduction en 2007. On compte aujourd’hui 210 millions d’utilisateurs de « ites d’échanges sociaux », soit exactement la moitié
des 420 millions d’internautes chinois, et les autorités chinoises soulignent désormais que ce développement des réseaux sociaux numériques est « irrésistible ». Comme souvent pour la Chine, la tyrannie des nombres n’a d’égale que l’originalité des usages. C’est cette originalité bornant à la singularité des « caractéristiques chinoises » − étroitesse des liens entre réseaux sociaux numériques de socialisation et de navigation, domination des plateformes nationales, « harmonisation » des contenus, prévalence des liens forts, etc. − que nous nous efforçons de mettre au jour en nous intéressant successivement aux utilisateurs, aux plateformes et au rôle particulier joué par l’État-parti chinois dans les structures sociales. Une fois encore, l’héritage communiste s’affiche comme une subtile synthèse entre contrôle des pratiques et mobilisation des individus et des organisations sociales, tout en tolérant les vertus cathartiques et correctives des émois populaires liés aux sentiments d’injustice.
Mots-clés : réseaux sociaux numériques, socialisation, navigation, Chine, QZone, Sina Weibo.
Nicolas OLIVERI
La cyberdépendance : un objet pour les sciences de l’information et de la communication
La cyberdépendance est un phénomène dont l’étude relève, encore aujourd’hui, largement de la psychologie. En abordant cette problématique sous l’angle pluridisciplinaire des sciences de l’information et de la communication, ce nouvel objet peut permettre la mise à distance de discours convenus sur la technophilie, mais également, sur une certaine technophobie. Ainsi, en abordant l’univers des jeux vidéo et d’Internet, il est désormais possible de prendre la mesure de la croissance multiforme des mondes virtuels, mais aussi et surtout, des risques inhérents de dépendance, liés à ces pratiques et, plus largement, aux usages des techniques de l’information et de la communication. L’intérêt de notre démarche serait donc de relativiser, d’une part, un discours particulièrement élogieux à l’égard des nouvelles technologies, mais dans le même temps, montrer que la technique, aussi puissante soit-elle, reste tributaire de variables culturelles fortes. Les résultats d’une enquête empirique permettront alors de mieux comprendre comment s’articulent les relations entre l’individu, la technique et la culture, en montrant comment cette dernière parvient finalement à canaliser la technique.
Mots-clés : cyberdépendance, TIC, déterminisme technologique, culture, technique.
Marc PARMENTIER
Philosophie des sites de rencontres
L’objectif de cet article est de recenser quelques problématiques de philosophie morale susceptibles d’éclairer la nature des interactions sur les sites de rencontres. L’abondance du possible pose la question du rôle de l’imagination. Mais le virtuel n’est pas réductible au fictif et au fantasme, car les échanges à distance sont bien réels. Les témoignages et les enquêtes sociologiques révèlent qu’ils instaurent une sorte d’état de nature où domine la défiance suscitée par la mauvaise foi généralisée. La communication s’oriente donc vers des échanges standardisés, conformes aux valeurs du « marketing de la séduction », et, paradoxalement, vers une dépersonnalisation des protagonistes. Mais le jeu avec l’identité se heurte au problème de la responsabilité morale et aux nouveaux puzzles moraux que suscitent les univers virtuels. À titre d’exemple, il semble très difficile de répondre à la question de savoir si un adultère virtuel constitue ou non une faute morale.
Mots-clés : sites de rencontres, Internet, séduction, identité, adultère.
Juremir MACHADO DA SILVA
La télévision et Internet dans les élections brésiliennes de 2010
Cet article vise à éclairer le rôle de la télévision et d’Internet dans la campagne de 2010 qui a abouti à l’élection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil. Ce faisant, il s’agit de considérer, d’une part, l’analyse d’un expert en communication politique sur l’influence des réseaux sociaux et des médias traditionnels dans les élections remportées par la candidate du Parti des Travailleurs ; d’autre part, de discuter les positions de Dominique Wolton sur le journalisme, Internet, l’information, l’opinion et la communication, en correspondance avec différents points de vue intellectuels à propos d’un événement politique majeur.
Mots-clés : médias, politique, Internet, télévision, marketing, culture, sphère publique.
date pub 7 avril 2011, date maj 26 octobre 2011