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Le rapport entre art et science fait l’objet d’une attention accrue de la part des chercheurs. On cite en général des grandes figures historiques comme Léonard de Vinci, à la fois peintre, sculpteur, ingénieur, scientifique, inventeur en mettant en avant à la fois l’antinomie apparente entre la représentation du monde mécaniste et rationnelle de la science et celle, a priori plus intuitive, fondée sur le ressenti et l’esthétique, de l’art d’une part et, d’autre part, en nommant comme point de convergence principal le concept de créativité, qui serait commun à la pratique et à la démarche du chercheur et à celles de l’artiste.

La plupart des contributions sur la mise en rapport entre art et science se bornent cependant à définir une fonction ancillaire de l’un par rapport à l’autre. Ainsi, l’œuvre d’art peut être utilisée en tant qu’objet de l’investigation scientifique. Dans le journal du CNRS de septembre/octobre 2010, on nous apprend comment la chimie et l’imagerie aux rayons X permettent de révéler les « secrets » de fabrication des toiles de Léonard de Vinci. Un autre exemple est celui du tableau L’Homme blessé (1854) de Gustave Courbet où, là encore, la science nous montre quelque chose que l’artiste avait intentionnellement choisi de cacher (en l’occurrence, la représentation de son ex-petite amie). L’art peut, lui aussi, se servir de la science. Les romanciers de science-fiction en sont une illustration. Des artistes comme Eduardo Kac ou Stelarc, qui utilisent, notamment, des techniques avancées d’ingénierie génétique pour réaliser leurs œuvres, en sont une autre.

Pourtant, la question du lien entre art et science est rarement posée sous l’angle qui va nous intéresser aujourd’hui : celui de la théorie de la communication. Certes, la science s’expose depuis le milieu du XIXe siècle dans les expositions universelles et, aujourd’hui, dans de grands musées comme le Palais de la Découverte ou la Cité des Sciences à Paris, mais les initiatives où se créent de véritables points de rencontre, comme celle du Laboratoire, demeurent rares. La première question qui se pose est celle de la communication entre scientifiques et artistes, donc entre deux cultures a priori très différentes.

Pour illustrer un autre point de convergence possible, nous pouvons reprendre la célèbre phrase du peintre suisse Paul Klee qui disait en 1920 : « l’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ». Un peu comme la science, en somme, qui, grâce à une instrumentation sophistiquée, nous montre atomes, protons, électrons et autres quarks là où nous ne voyons que matière brute. A ce titre, le rôle de la technique n’est pas à négliger dans le rapport entre art, communication et science. En 2007, Jacques écrit un article où il cite Pierre Schaeffer et sa notion d’arts-relais : « La notion d’arts-relais s’exprime aujourd’hui comme un état de fait : l’art s’exprime aujourd’hui directement par les moyens modernes de communication. “Cinéma, radio et télévision forment, avec la photographie et la phonographie, un vaste ensemble de moyens d’expression et de communication qu’on pourrait regrouper sous l’appellation générale d’arts-relais”. » Schaeffer poursuit en définissant la notion de « production expérimentale » qui, nous dit Jacques, « repose sur le fait que, pour Schaeffer, la communication est hypothèse ; production et passage à l’antenne sont des actes analogues à des actes scientifiques, vérifiés ou non par la faisabilité de la production et par l’accueil du public. » La double question de la faisabilité technique (et, accessoirement, économique) et de la validation ou non par le public est tout à fait centrale dans toute coproduction entre art et science. Pourtant, cette dimension exploratoire et expérimentale de la communication n’est que très peu présente dans les pratiques actuelles de communication. Pour citer Jacques Perriault une dernière fois : « Parle-t-on, par exemple, de sites Internet expérimentaux ? ».

Une autre piste de réflexion qui reçoit un écho de plus en plus favorable est celle de la médiation et de l’éducation à la science par l’art. En faisant appel à un imaginaire et en mettant le public dans une position non plus passive de récepteur, mais active de créateur, l’appropriation du discours techno-scientifique s’opère de manière beaucoup plus évidente.