Séance d’ouverture du séminaire ISCC Identités numériques avec la participation de Jacques Perriault et Michel Arnaud.

 

Séance d’ouverture

 
Compte-rendu de la séance du 11 janvier 2011

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Cette première rencontre était consacrée à la mise en abîme des différentes manières d’aborder l’identité numérique dans une perspective interdisciplinaire puis au thème des identités jetables.

Intervenants

  • Jacques Perriault, ISCC/Université Paris Ouest Nanterre La Défense
  • Michel Arnaud, Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Discutante

  • Louise Merzeau, Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Compte-rendu

En retraçant comment son parcours personnel l’a amené à s’intéresser aux questions des identités numériques dès 1999, Jacques Perriault a commencé par entreprendre un travail de mise à jour autour de différentes dimensions (identifiant, code, processus d’identification…). Premièrement, il rappelle à quel point les identifiants numériques ont depuis leur origine constitué un enjeu politique fort (ex. création du code INSEE en 1942). Les travaux de recherche ne peuvent faire l’impasse sur l’analyse des conséquences et des finalités associées à de tels projets (cf. « the sad side of numbers »). Il souligne l’importance de penser le processus d’identification en terme de normalisation, terme d’autant plus intéressant que les débats suivant l’intervention ont témoigné de sa polysémie. Développer une vision complexe des identités numériques passe ainsi par la prise en compte de leur normalisation technique, industrielle, politique, juridique mais aussi culturelle.
Tout en soulignant les actions menées au sein de l’ISCC autour de l’axe industrie de la connaissance, Jacques Perriault propose quatre thèmes prioritaires pour la recherche sur les identités numériques :

  • les tiers de confiance, car l’identité numérique est intrinsèquement associée à la question de la confiance, de la défiance, et également de la réputation ;
  • la signature numérique, qui doit – ce qui peut paraitre paradoxal à première vue - être rapprochée de l’anonymisation des traces ;
  • la terminologie, tant les questions de données personnelles, de vie privée, publique, de privacy, d’identités… sont sources de confusion ; * l’apprentissage, notamment comportemental, et les liens avec la structuration de la personnalité.
    Il conclut sur la nécessité de dialogue interdisciplinaire pour enrichir la compréhension des problématiques que se posent les chercheurs sur les usages du numérique, la vie privée, l’économie d’Internet, l’interopérabilité des plateformes et des supports.

Michel Arnaud a ensuite évoqué la possibilité de doter les individus de systèmes d’identités jetables où l’identité numérique devient un masque jetable. En soulevant tour à tour les enjeux juridiques, économiques, sociaux, éthiques, il démontre la possibilité technique de fournir de tels services, en soulignant la nécessité d’un engagement politique fort pour les mettre en place, appelant à un véritable habeas corpus numérique (cf. travaux récents de Michel Arnaud sur ce point).
Dans un contexte où les individus semblent préférer la surveillance au risque, la construction de la confiance devient un enjeu central pour les projets d’identification numérique.
_ Après avoir évoqué des exemples en Suède, Finlande, Belgique (carte d’identité électronique) ou le principe de la carte d’identité blanche, Michel Arnaud rappelle que les données de la vie privée vont bien au-delà des données personnelles, et tout en regrettant le manque de travaux en droit sur ces questions, il distingue, au sein de l’identité l’Ipse et l’Idem, une combinaison de différences (Ipse) réunies au sein d’un individu (Idem), il souligne que les droits de l’homme, en reconnaissant le second, occultent les enjeux soulevés par le premier. L’identité est alors davantage pensée comme un socle intangible qui rend peu apte à comprendre la multiplication des traces numériques. Un système de gestion des attributs identitaires selon les contextes permettrait de dépasser les limites actuelles de la loi Informatique et Libertés reposant sur la distinction peu efficace dans le contexte numérique entre données personnelles et données comportementales.

Informations pratiques

Le séminaire est ouvert à toute personne intéressée par les enjeux associés aux identités numériques - chercheurs, praticiens, militants - et désireuse de s’enrichir des différentes approches de cet objet complexe !

Mardi 11 janvier 2011 à 14h30
Maison des sciences de la communication et de l’interdisciplinarité (MSCI)
20 rue Berbier-du-Mets à Paris
Métro ligne 7, station « Les Gobelins »