Au cours de cette séance, ont été présentés les objectifs du pôle de recherche « Gouvernance et usages de l’Internet » de l’ISCC avec la participation de Jacques Perriault, professeur émérite à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, Valérie Schafer, chargée de recherche CNRS à l’ISCC, Mélanie Dulong de Rosnay, chargée de recherche CNRS à l’ISCC, Brigitte Chapelain, chercheuse au Laboratoire communication et politique (LCP) du CNRS.

 
Séminaire de l’ISCC

Valérie Schafer, Mélanie Dulong de Rosnay, Brigitte Chapelain

 
14 décembre 2010, MSCI

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Intervenants

  • Mélanie Dulong de Rosnay et Valérie Schafer

Internet, à l’image de beaucoup d’innovations, mais avec encore davantage d’acuité, suscite une multiplicité de discours d’accompagnement et d’utopies, pour certaines déjà présentes à l’avènement d’autres moyens de communication. Ainsi, l’idée d’une communication devenue instantanée ou celle d’ubiquité relève d’une réalité déjà ancienne, qui émerge avec le réseau mondial de télégraphie électrique au milieu du 19e siècle ou avec le téléphone. Le 16 août 1858, un échange de messages télégraphiques entre la reine Victoria et James Buchanan, le quinzième président des États-Unis d’Amérique, consacre l’installation d’une première ère d’instantanéité dans les communications. Dans son message, Buchanan souligne tout l’espoir porté par ce nouveau moyen de communication : « Puisse le télégraphe de l’Atlantique, sous la bénédiction du ciel se révéler être un lien de paix et d’amitié perpétuelle entre les nations proches ». Ce rêve du « village global » et de la communication comme source de fraternité a traversé les siècles. Or aujourd’hui encore, et en dépit des promesses que cristallisent les réseaux sociaux numériques, le social et ses tensions ne s’effacent nullement devant la communication virtuelle. Une forme d’endogamie persiste dans la vie virtuelle comme réelle, les frontières étatiques et culturelles ne sont pas abolies. Cohabiter dans l’espace virtuel est-il communiquer ? « Le connectif est-il le collectif ? », pour reprendre la formule de Jacques Perriault. Penser la relation entre Internet et communication non en postulant la rupture qu’Internet introduit mais, au contraire, en partant des métamorphoses de la communication, des ruptures – continuités, peut permettre de la considérer sous un autre angle, ou plutôt sous quatre angles, ceux du carré des connaissances de l’ISCC :

  • l’épistémologie comparée et l’interdisciplinarité ;
  • l’expertise et les controverses ;
  • les industries et l’ingénierie de la connaissance ;
  • les rapports entre sciences, techniques et société.

Le pôle a une vocation interdisciplinaire et rassemble d’ores et déjà des chercheurs issus de l’histoire, de la sociologie, de l’économie, du droit, des sciences de l’information et de la communication, de l’ingénierie des connaissances, etc. Il souhaite se garder d’une simple juxtaposition des approches et veiller à les intégrer, les croiser, pour construire le champ interdisciplinaire de la recherche. Le groupe veillera à inviter des personnalités politiques et des membres des associations et de l’industrie, des chercheurs et acteurs du monde de l’Internet. Au delà de l’étude des controverses et des usages, il s’agit de proposer un cadre théorique, de penser les normes, les carences éventuelles du marché, les modèles de gouvernance, en s’appuyant sur les travaux des communautés. Deux thématiques par exemple peuvent illustrer ces questions : l’information biomédicale et sa réutilisation (qui a déjà donné lieu lors d’un séminaire de l’ISCC à une intervention de Natalia Grabar) et les systèmes d’information géographiques, à la frontière entre Internet et le monde réel.

En effet, le groupe Gouvernance et usages de l’Internet a retenu une première problématique, celle d’Internet et Frontières. La notion de « frontière » est polysémique et ouverte, mais renvoie à une interrogation déterminante : Internet, quelles (r)évolutions ?
La frontière peut être entendue selon plusieurs acceptions. C’est le thème de « la nouvelle frontière », que promouvait Al Gore dans les années 1990, tout d’abord. Cette idée rejoint celle de front pionnier avec son lot d’explorateurs, de missionnaires, de colons, partant à la conquête d’un nouveau territoire, avec tous ses espoirs et désillusions parfois. La frontière est aussi vue comme l’interface, non seulement au sens informatique, entre réel et virtuel, entre hommes et machines, mais aussi au sens géographique d’échange entre régions : si Internet rapproche, n’éloigne-t-il pas aussi en mettant en visibilité l’altérité de manière très forte ? La frontière est une zone de tensions et de négociations : se pose alors la question des acteurs aux logiques contradictoires, de la fracture numérique, de l’aspiration à une gouvernance moins unilatérale d’Internet. La frontière comme limite territoriale, étatique, pose la question du droit, des logiques nationales, des risques de balkanisation d’Internet, alors que certains s’inquiètent des menaces qui planent sur le Web de voir se créer des îlots de connectivité (applications et réseaux sociaux étanches, créant des silos). Enfin, c’est aussi la frontière de l’acceptabilité qui peut être interrogée par celui qui se plonge dans l’Undernet, interroge le déplacement des frontières de la privacy ou l’extimité, tandis qu’Internet peut être appréhendé comme un espace à la fois normé (règles du cyberespace, Net Étiquette, normes et régulations) et subversif, qui bouleverserait le rapport à la démocratie par exemple. Penser la frontière à plusieurs échelles (du micro à macro), de l’individu à la société, permet d’analyser les infrastructures et les contenus en termes de ruptures et de continuité, de glissement, de déplacement plus que de révolution, même si la radicalité du phénomène se doit aussi d’être interrogée.

Compte rendu rédigé par Mélanie Dulong de Rosnay et Valérie Schafer.


  • Brigitte Chapelain

Brigitte Chapelain est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Paris 13, et est rattachée au laboratoire Communication et politique du CNRS. Ses recherches récentes portent sur l’analyse des pratiques communicationnelles, culturelles et cognitives des nouvelles formes de médiatisation du littéraire francophone sur Internet Actuellement elle conduit un projet de recherche sur les nouvelles formes et modalités de création sur Internet dans plusieurs domaines artistiques et culturels.
Elle est vice-présidente de la Société française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC) et est rédacteur en chef de la revue « Les Cahiers de la SFSIC ». Elle a initié et développe chez l’Harmattan TV la collection « Docs en SIC » des séries d’entretiens filmés avec des enseignants chercheurs.

Nouvelles formes et modalités de création sur Internet dans certains domaines artistiques et culturels francophones : littérature, bande dessinée, peinture, net art, fansfictions, webséries, webdocumentaires... (Responsable : Brigitte Chapelain ; équipe : Aurélie Aubert, Pierre-Louis Fort, Sandra Frey) 2010-2013.

Les nouvelles technologies induisent des bouleversements profonds dans le milieu de l’art et de la culture et le web devient un espace d’expression plébiscité par de nouveaux acteurs. Ainsi ce projet se propose d’analyser et de comprendre les mutations et les métamorphoses de la création dans certains domaines artistiques et culturels.
La notion de création est prise ici dans le sens d’initiatives, de conceptions inédites et de nouveaux modes d’accès aux champs artistiques sur le web, ainsi que dans celui de pratiques développées par de nouvelles formes collectives d’organisation, de communication et de production.
Trois interrogations vont mener ces travaux :

  • Quelles formes innovantes de création apparaissent dans les domaines artistiques et culturels choisis ? Par quels processus celles-ci sont-elles générées, organisées et suivies, et quelles modalités d’accès et d’intervention offrent-elles à l’internaute ?
  • Quels sont les caractéristiques qui les rassemblent et les distinguent en fonction des champs artistiques ?
  • Quels en sont les enjeux culturels ? Quels en sont les enjeux professionnels et économiques ?
    Le séminaire « Pratiques créatives sur Internet » est un des volets de ce projet.

Les discussions qui ont suivi cette présentation ont interrogé la question des frontières et la redéfinition de certaines notions par l’Internet, comme celle de création.

Compte rendu rédigé par Émilie Silvoz, secrétaire d’édition à l’ISCC.

Informations pratiques

Mardi 14 décembre 2010, 12h30 à 14h30

Maison des sciences de la communication et de l’interdisciplinarité (MSCI)
20 rue Berbier-du-Mets, Paris 13e
Métro 7 « Les Gobelins »