Natalia Grabar, Benoît Le Blanc

 
16 novembre 2010, 12h30 à 14h30, ISCC

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Intervenants

  • Natalia GRABAR
    « Informations et connaissances dans le domaine biomédical »

Natalia GrabarNatalia GRABAR est docteur en informatique médicale, diplômée à l’Université Paris 6. Sa spécialité de recherche est le traitement automatique des langues (TAL) appliqué aux textes scientifiques et techniques et aux terminologies. Elle a travaillé au sein de l’unité Inserm UMRS 872 à Paris et de l’ONG Health on the Net à Genève, Suisse. Elle a participé à de nombreux projets de recherche nationaux (TIM Safir, Tescan UMLF, TCAN Deco, PHRC Resytal) et européens (FP5 Safer Internet Princip, FP6 NoE Semantic Mining, FP7 IMI Protect) et enseigne dans les cursus de Master 2 IBM à Paris 5, IAD à Paris 6 et PluriTAL à l’Inalco. Ses travaux visent à développer des méthodes d’analyse linguistique pour l’accès aux informations et connaissances. Les résultats sont appliqués dans des contextes de recherche et d’extraction d’information. Une attention particulière est portée à la variation des termes. Natalia Grabar est actuellement chargée de recherche CNRS affiliée à l’UMR 8163 Savoirs, textes, langage.

Ses travaux actuels se positionnent au sein du traitement automatique des langues (TAL) et sont appliqués à des corpus de documents écrits issus du domaine biomédical. La linguistique, la psycholinguistique et l’informatique sont convoqués pour mettre en place les paramètres de l’analyse. De la multitude des acteurs du domaine biomédical, l’analyse se concentre sur le couple expert/patient pour évaluer la qualité des données et des connaissances extraites des dossiers médicaux de patients et de la littérature scientifique. La qualité d’un document est déterminée différemment selon qu’il s’agit des documents à destination des experts ou des patients. Ce qui est important pour les documents à destination des patients est la capacité d’un patient — qui est par définition profane du domaine biomédical — à le comprendre sans en dévoyer le contenu. À cet effet, ses travaux engagent une analyse des aspects didactiques et de vulgarisation des documents traités, en envisageant l’incidence de la langue et du style des documents (disposition dans l’espace, schémas, etc.) sur la compréhension.

Lors du traitement des documents à destination des experts, une des questions importantes concerne l’interopérabilité sémantique entre les terminologies et la littérature scientifique du domaine biomédical (documents hospitaliers, notices de médicament, documents légaux, guides de bonnes pratiques, etc.). La qualité de ce type de documents concerne par exemple la fiabilité et le niveau de preuves des informations et des connaissances avancées. De ce point de vue, un aspect central de ses travaux porte sur la qualification du statut de la connaissance, c’est-à-dire sur les modes d’assertion de la connaissance, selon une échelle allant de la certitude au doute, en passant par la possibilité et l’hypothèse.

Les points de recherche qui intéressent Natalia Grabar concernent la qualité des informations, le statut et l’évolution des connaissances, l’aspect psycholinguistique de l’analyse morphologique des mots, et l’utilisation des méthodes proposées par le TAL pouvant être utilisées comme une aide dans l’accès aux informations ou bien comme un moyen de veille rapprochée des individus.

Au terme de son intervention, de nombreux points de discussion ont été engagés, dont notamment la question des différents degrés de stabilité des catégories d’identités sémantiques et des méthodes de désambiguïsation des synonymies et polysémies, ainsi que les liens entre ces travaux et la pharmacovigilance qui nécessite une veille afin de détecter les signaux faibles d’effets secondaires dangereux.

Compte rendu rédigé par Stéphanie Proutheau.

Publications de Natalia Grabar


  • Benoît LE BLANC
    « Regards croisés entre théories de la connaissance et théories de la communication »

Benoit Le BlancIntégré à l’IMS (UMR 5218) et prenant part à l’ISCC (CNRS), Benoît Le Blanc travaille en intelligence artificielle, dans le domaine de la représentation et de la gestion des connaissances. Titulaire d’une HDR, ses travaux portent sur la formalisation et l’exploitation des connaissances issues d’expertises humaines ou de documentations techniques.

En poste successivement à l’Université de Bordeaux 2 (1992-2009) puis à l’Institut Polytechnique de Bordeaux (depuis 2009), il a été impliqué dans la création de la filière d’ingénieur en cognitique de l’IdC et la constitution de l’ENSC dont il est actuellement directeur-adjoint. Il a été chargé de mission TIC auprès du président de l’université Bordeaux2 (2003-2008) et président de l’Arco (société savante française de sciences cognitives, 2006-2008). Il est également chargé de mission à l’ISCC (CNRS) et administrateur de l’Adeiso (Association régionale des professionnels de l’électronique, de l’informatique et du multimédia).

L’intervention de Benoît Le Blanc portait sur les points de contacts que l’on peut trouver entre les sciences de la communication et les sciences de la connaissance. En effet, les sciences de la communication s’intéressent de plus en plus aux questions de cognition et, dans le même temps, les sciences cognitives rendent centrales les questions de contexte. En gestion des connaissances, une connaissance est définie par le triplet (K) : information, contexte, sens, que l’on cherche à mettre en lien avec le triplet qui définit la communication (C) : identité, culture, échange. En outre, Benoît Le Blanc propose de plonger les concepts fondateurs de l’ingénierie de la connaissance (connaissance implicite, connaissance communautaire et connaissance critique) et les modèles les plus récents (comme celui du « macroscope » qu’il a contribué à développer) dans les théories de la communication. Plusieurs problématiques communes émergent déjà, par exemple :

  • le dualisme méthodologique entre l’approche connexionniste et l’approche symbolique ;
  • la théorie des graphes et, en particulier, les graphes petits mondes (qui sont très efficaces pour modéliser les liens entre les communautés humaines) ;
  • les mémoires associatives.

Au cours des discussions qui ont suivi cette intervention, il a été signalé que le lien entre communication et connaissance se fait notamment lorsque la connaissance est mise en œuvre, par exemple dans une organisation. Un autre lien possible apparaît dans des situations de construction collaborative de connaissances. Une question a été posée sur l’intégration de la preuve et du raisonnement dans le modèle (donc de la manière de convaincre autrui). Une autre question a porté sur l’éventualité d’un conflit épistémique de base entre sciences de la connaissance et sciences de la communication lié au réductionnisme des sciences cognitives, ce à quoi Benoit a répondu qu’il ne s’appliquait pas dans l’approche connexionniste. Enfin, il a été signalé que, jusque dans les années 90, les sciences de la connaissance avait un objectif « fiabiliste » (i.e. pallier la faillibilité humaine par les techniques), approche qui semble aujourd’hui abandonnée.

Compte rendu rédigé par Édouard Kleinpeter, ISCC.