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Michael Filhol, Léonard Laborie, Nicolas Oliveri

 
2 novembre 2010, 12h30 à 14h30, ISCC

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Intervenants

  • Michael FILHOL
    « Modélisation et synthèse de langue des signes, en traitement automatique des langues et en société »

Michael Filhol est chargé de recherche CNRS au Laboratoire d’informatique pour la mécanique et les sciences de l’ingénieur (Limsi), où il travaille sur la modélisation informatique de la langue des signes. Après avoir obtenu son doctorat en 2008 dans ce même laboratoire, Michael Filhol a effectué deux post-doctorats, le premier à la Gallaudet University (Washington, USA), le second pour le projet européen Dicta-Sign. Il est enseignant en informatique à l’IUT d’Orsay et pratique couramment la langue des signes.

Dans le domaine de la synthèse du langage des signes (LS), l’objectif est de produire un « signeur » (personne pratiquant la langue des signes) virtuel (ou « avatar ») capable de parler dans cette langue (ou « signer »). Or, les spécificités de la LS, en particulier son caractère tridimensionnel, font que les modèles classiques d’analyse syntaxique sont essentiellement inopérants. L’équipe Modélisation et traitement automatique de la langue des signes (M&TALS) du Limsi, à laquelle appartient Michael Filhol, s’attache en particulier à : recueillir et annoter des corpus, formaliser et modéliser la LS, mettre au point l’animation graphique de l’avatar.

Les applications possibles de ce type de technologies sont nombreuses : Assistant Web (traduction signée de page Web), information sur les lieux publics (un tel système est déjà en place à la Gare de l’Est à Paris), télévision, applications pédagogiques, etc.

Michael Filhol a conclu son intervention en évoquant les aspects sociétaux dans lesquelles s’inscrivent ses recherches. La LS n’est en effet officiellement reconnue comme langue en France que depuis 2005 (loi pour l’égalité des droits et des chances) et sa pratique était interdite jusqu’en 1991. Les enjeux d’intégration des sourds muets soulèvent la question de « l’identité sourde ». Les sourds de naissance, en particulier, revendiquent le droit de communiquer dans leur langue naturelle qui, pour eux, est la LS.

Lors de la discussion qui a suivi, plusieurs précisions ont été apportées sur ces questions sociétales. Le nombre de sourds en France est compris entre deux et trois cent mille. L’interdiction de la LS datait de 1880 (Congrès de Milan). L’enseignement aux enfants sourds-muets en France dépend du ministère de la Santé, non du ministère de l’Éducation. Michael Filhol a également pointé les différences existant entre la LSF (Langue des signes française) et l’ASL (American sign language), la première ayant beaucoup plus recours à des modalités propres de la LS (iconicité, représentation spatiale, etc.), tandis que la seconde est plus proche du langage écrit (épellation de mots). Les recherches poursuivies par Michael Filhol ont toutefois vocation à s’appliquer à toutes les LS.

Plusieurs pistes lui ont été proposées pour des recherches futures :

  • se renseigner si les cahiers des charges des télévisions les obligent à intégrer la LS dans leurs programmes ;
  • dégager la nature des arguments qui se font face, notamment autour des controverses sur l’identité sourde ;
  • comparer avec la situation dans les autres pays.

Compte rendu rédigé par Édouard Kleinpeter, ISCC.


  • Léonard LABORIE
    « Mise au monde des réseaux et mise en réseaux de l’Europe. Communiquer par-dessus les frontières, de la poste restante au GSM »

Léonard Laborie est agrégé d’histoire et chargé de recherche au CNRS, affecté à l’UMR Irice (Identités, relations internationales et civilisations de l’Europe, CNRS, université Paris Sorbonne). Sa thèse, soutenue à l’université Paris Sorbonne et intitulée La France, l’Europe et l’ordre international des communications (1865-1959), est en cours de publication. Dans son prolongement direct, un premier post-doc à la School of Media and Public Affairs de la George Washington University (Fulbright Scholar Program) lui a permis de mettre au jour les transferts techniques, économiques et « représentationnels » à l’origine de la mise en réseau des continents européen et américain dans les domaines de la téléphonie et de la poste aérienne dans la première moitié du XXe siècle. Un second post-doc, dans le cadre d’un projet ANR (Resendem - histoire, science politique, sciences de la communication), l’a conduit à se pencher sur les enjeux contemporains de la démocratie technique et à interroger cette notion sur le plan historique, à travers l’étude des associations d’usagers du téléphone. Son projet de recherche porte désormais sur l’histoire de la téléphonie mobile numérique, ouvrant à une anthropologie spatiale de l’espace européen dans la longue durée. À l’ISCC, Léonard Laborie suit la controverse portant sur la nocivité des ondes électromagnétiques (antennes relais, bornes wifi). Parallèlement, il travaille en relation avec le Comité pour l’histoire de La Poste à une histoire de la messagerie postale et de la vente à distance en France depuis la fin du XIXe siècle, et il co-anime le Comité d’histoire de l’électricité de la Fondation EDF Diversiterre ainsi que le groupe Histoire de l’innovation et des technologies de l’information.

Rien ne paraît aujourd’hui plus simple que d‘envoyer une carte postale depuis l’étranger ou de joindre par téléphone les antipodes. Les réseaux de communication, postaux ou électriques, s’affranchissent non seulement des distances, mais des frontières. Cet état de fait n’a rien de naturel ou de techniquement déterminé. Pour lui donner la forme qu’il a prise, il a certes fallu des moyens matériels, révolutionnés au cours des innovations, mais aussi des accords politiques et techniques fixant les conditions de leur mise en œuvre à l’échelle internationale.
Ce travail est le premier à proposer une histoire, de l’intérieur et dans la longue durée, de la coopération qui a ainsi canalisé l’expansion internationale des flux d’information depuis la seconde moitié du XIXe siècle. En suivant les acteurs français, il plonge dans l’espace méconnu des organisations techniques internationales, avec leurs débats feutrés aux lourds enjeux économiques et symboliques, où se sont articulés de manière originale la souveraineté des États, le service d’un public transnational et un idéal de rapprochement des peuples. Récit de la mise au monde des réseaux, c‘est aussi celui de la mise en réseau d’une Europe où les frontières seraient moins des barrières que des franchissements. Avec au cœur, à la charnière du technique et du diplomatique, la communauté discrète et puissante des experts.

Ce qui a particulièrement intéressé Léonard Laborie est la façon dont ces réseaux ont couvert la planète et comment ces réseaux ont servi à construire des empires. Il a exploré la dimension de coopération nécessaire pour que la communication ait lieu entre les différents réseaux du monde et l’influence que cela a eu sur l’Europe. De la création d’un timbre commun par la CEPT à la fin des années 1950 pour symboliser une Europe unie, au téléphone portable (GSM) mis sur le marché dès 1992, tout d’abord créé pour des hommes d’affaires pour qu’ils puissent communiquer au delà des frontières, Léonard Laborie conclut qu’il y a eu une constitution d’un ordre international de communication régi essentiellement par des experts.

Compte rendu rédigé par Isabelle Meslet-Dina, ISCC.


  • Nicolas OLIVERI
    « Otakisme japonais et cyberculture française : la cyberdépendance, un objet heuristique pour les sciences de l’information et de la communication »