Mélanie Dulong de Rosnay, Jean Foyer et Valérie Schafer, chargés de recherche à l’ISCC depuis le 1er octobre 2010, ont présenté leur itinéraire scientifique.

 

Mélanie Dulong de Rosnay, Jean Foyer, Valérie Schafer

 
Mardi 5 octobre 2010, 12h30 à 14h30, ISCC

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Intervenants

  • Mélanie DULONG de ROSNAY
    « Accès à la connaissance et diffusion ouverte de l’information scientifique,
    des ressources éducatives et du patrimoine culturel »

Mélanie Dulong de RosnayMélanie Dulong de Rosnay, docteur en droit, est chargée de recherche à l’Institut des sciences de la communication du CNRS et responsable juridique de Creative Commons France au Centre d’études et de recherches de sciences administratives et politiques (Cersa). Elle est également responsable des publications de Communia, le réseau thématique européen sur le domaine public numérique. Son projet de recherche porte sur la gouvernance des ressources du domaine public, notamment numérique, et la définition de l’infrastructure juridique et technique ainsi que des politiques publiques adaptées aux usages des communautés.

Elle s’intéresse à l’accès ouvert aux publications et aux données scientifiques, à l’ouverture des données publiques et à la libre diffusion des ressources éducatives et des œuvres du patrimoine culturel. Avant d’intégrer le CNRS, elle a travaillé au Berkman Center for Internet & Society de la Harvard Law School et à Science Commons, ainsi qu’à l’Institute for Information Law de l’Université d’Amsterdam.

Le projet de recherche de Mélanie Dulong de Rosnay porte sur la gouvernance et la régulation de la diffusion du domaine public notamment numérique, en particulier de l’information scientifique, des données publiques et des ressources éducatives et culturelles. Plusieurs controverses agitent le milieu. Certaines œuvres de l’esprit ne sont pas disponibles pour tous les usages, notamment à cause de contraintes contractuelles et de verrous techniques (dispositifs anti-copie, etc.). De nouveaux modèles sont à développer (licence globale, licences libres, etc.). Le travail de Mélanie Dulong de Rosnay consiste à identifier les verrous actuels et à définir des solutions juridiques, techniques et politiques. En cela, affirme-t-elle, le CNRS peut jouer un rôle moteur.

Lors des débats qui ont suivi cette intervention, la question de la corrélation (ou, plutôt, de l’absence de corrélation) entre accès ouvert à la connaissance et efficacité de la recherche a été posée, ainsi que celle de la circulation des données produites par les chercheurs des institutions privées. Enfin, à la question de savoir quel était l’état de la normalisation dans ce domaine, Mélanie a répondu que le travail effectué par Creative Commons était efficace et restait à être diffusé plus largement.

Compte rendu rédigé par Édouard Kleinpeter, ISCC.


  • Jean FOYER
    « Il était une fois la bio-révolution.Nature et savoir dans la modernité globale »

Jean FoyerJean Foyer est docteur en sociologie, diplômé de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine, où il a enseigné en tant qu’Ater entre 2006 et 2008. Après une thèse sur les controverses autour des biotechnologies au Mexique (Prix Le Monde de la recherche 2009), il a effectué un premier post-doctorat dans le cadre du projet ANR BioTEK sur les controverses autour des maïs transgéniques au Mexique, coordonné un projet d’expertise sur la gouvernance économique en zone indigène pour le compte de la Banque interaméricaine de développement (BID), puis réalisé un second post-doctorat dans le Groupe de sociologie pragmatique et réflexive (GSPR/EHESS) sur les chercheurs en nanotechnologies d’Île-de-France. Il est actuellement chargé de recherche à l’Institut des sciences de la communication du CNRS.

Jean Foyer offre une synthèse de ses travaux sur la controverse autour des organismes génétiquement modifiés (OGM) au Mexique. Il envisage cette controverse comme résultant d’un choc entre deux phénomènes modifiant radicalement le rapport des sociétés modernes au vivant. Le premier concerne l’émergence des biotechnologies comme phénomène à la fois scientifique, technologique, juridique et économique. Le second correspond à la constitution de l’idée de biodiversité en enjeu social majeur, disputé entre des visions et des pratiques concurrentes.
La présentation décrit la controverse OGM comme cristallisant une série d’enjeux aussi fondamentaux que le réductionnisme scientifique, l’évolution du modèle de recherche, les brevets sur le vivant, la concentration des firmes multinationales, l’évolution du modèle agricole, alimentaire, et de développement, les risques environnementaux et sanitaires, le rapport nord-­sud, etc.
L’ensemble de ces problématiques pourrait ainsi renvoyer à un conflit de
civilisations dont l’enjeu est le mode de dépassement de la modernité. La notion de controverse globale, centrale dans cette analyse, devient l’ancrage du projet de
recherche à l’ISCC.
La controverse globale est celle qui tend à gommer les frontières entre le local et le global bien sûr, mais plus encore entre les thématiques économiques, sociales, scientifiques, culturelles et environnementales. Enfin, le projet de recherche s’attache également à caractériser les sources de l’incompréhension qui règne entre les différents acteurs des controverses.

La discussion s’est ensuite engagée sur la dimension imaginaire des controverses et les sources de l’incompréhension entre leurs acteurs.

Compte rendu rédigé par Stéphanie Proutheau, ISCC.


  • Valérie SCHAFER
    « Avoir techniquement raison et politiquement tort. La circulation des données dans les réseaux, une controverse entre informaticiens et télécommunicants dans les années 1970 »

Valérie SchaferValérie Schafer s’est spécialisée dans l’histoire des télécommunications et de l’informatique. Elle a soutenu sa thèse d’histoire contemporaine sur les réseaux de données en France (années 1960-1980) à l’université Paris Sorbonne en 2007. Elle est un des membres fondateurs du séminaire Hiti (Histoire de l’innovation et des technologies de l’information). Elle a enseigné dans le secondaire, en L5-L6 à Paris Sorbonne (TD Histoire des Médias et télécommunications, France/États-Unis, 19e-20e siècles) et a été Prag à l’IUFM de Paris Sorbonne, avant de rejoindre l’ISCC le 1er octobre 2010 en tant que chargée de recherche.

Valérie Schafer aborde une controverse au départ technique, dont la résolution est largement politique et institutionnelle. Celle-ci touche à l’histoire d’Internet. Le protocole fondateur d’Internet (TCP/IP) est défini en 1974 par deux Américains, V. Cerf et R. Kahn, dans le cadre d’un projet qui s’appelle encore Arpanet. Ce protocole place au cœur des transmissions de données la technique des datagrammes, inventée par un Français, L. Pouzin, qui est actuellement salué comme un des pères fondateurs de l’Internet. Ce dernier lance en 1971 à l’Iria le projet « Cyclades », destiné à créer un réseau ouvert d’ordinateurs utilisant les échanges d’informations par paquets. L’accord de coopération passé en 1972 entre le Cnet et l’Iria achoppe rapidement en raison de divergences techniques sur la manière dont les paquets de données doivent circuler dans le réseau. Cyclades est finalement abandonné en 1979 au profit d’un réseau développé en parallèle par le monde des télécommunications, Transpac, ouvert en 1978 et connu pour avoir soutenu le trafic Minitel.
Le but de Valérie Schafer consistait à montrer qu’à travers le conflit « circuits
virtuels/datagrammes », ce sont aussi la rationalité des acteurs techniques et leur culture professionnelle qui sont en jeu. Dans la France du monopole des Télécommunications, le conflit est réglé en faveur de l’opérateur public. Cette analyse invite à sortir d’une histoire des techniques internaliste et pose plusieurs questions : celle des liens entre recherche et innovation, celle de l’environnement nécessaire à la réussite d’une innovation et celle de l’autonomie technique mais aussi politique des chercheurs. En tant qu’historienne, elle n’a pas cherché à déterminer qui avait raison, mais à restituer les « champs d’expérience » des acteurs, en évitant le déterminisme technique, à retrouver la part de hasard mais aussi de complexité qui président à nos choix.

Suite à cette présentation, la discussion a été engagée notamment sur des controverses techniques qui peuvent mener à des études proches et à établir des parallèles. Jacques Perriault évoquait notamment le cas de l’ATM.

Compte rendu rédigé par Émilie Silvoz, ISCC.